Oeuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire
Fidèle à la méthode exposée et justifiée dans l'Introduction générale de cette édition', je continue à publier les Œuvres de Ronsard dans l'ordre de leur apparition, en prenant pour texte fondamental celui des éditions primitives, et en l'accompagnant de ses variantes, présentées dans leur succession chronologique. C'est incontestablement le meilleur moyen de servir à l'étude historique du poète, qui seule conduit à des jugements équitables ; il permet en eflfet aux lecteurs qui s'y intéressent de suivre facilement les changements de son inspiration, l'évolution de sa manière, les progrès de son art.
D'ailleurs je ne prétends pas que cette édition critique, nécessaire aux travailleurs, aux érudits, dispense les admirateurs de Ronsard, de plus en plus nombreux parmi les gens du monde, de lire ses œuvres dans la dernière forme qu'il leur a donnée. Il est évident que notre poète eut préféré que la postérité ignorât ses maladresses de débutant, ses hésitations et ses repentirs. Mais le point de vue de l'historien est tout différent de celui de l'artiste qu'il étudie. Pour concilier tous les intérêts, l'idéal eût été de reproduire intégralement, en regard du texte primitif, soit le texte de 1584 (le dernier anthume), soit le texte de 1587 (le premier posthume). La chose étant matériellement impossible, il restait à rééditer l'un des deux à part, et c'est ce que je fis à la demande de M. Leraerre, qui nie chargea de reviser, de compléter et de mettre au point l'édition Marty-Laveaux, fondée sur le texte de 1 584 =. C'est ce travail urgent, exécuté pendant la guerre,