VI INTRODUCTION
qui a retardé l'apparition du présent volume, autant que les difficultés de tout ordre dues à la crise de ces années terribles '.
Dans les deux tomes précédents j'ai réédité les premières poésies que Ronsard publia isolément en 1547 et i)49, et les Quatre premiers livres des Odes suivis du Bocage, qui virent le jour en février ou en mars 1550. Très peu après la publication de ce recueil sensationnel, le 24 mars, la paix était signée entre la France V/et l'Angleterre et le rachat de Boulogne obtenu avantageusement par le connétable de Montmorency. Ronsard saisit cette occasion pour chanter les bienfaits de la sagesse royale dans une longue ode pindarique, intitulée VOde de la Paix et dédiée au roi Henri II. Elle parut chez Cavellat, au mois d'avril, en une plaquette in-8 de 12 if. non chiffrés, que je reproduis en tête du présent volume d'autant plus à propos qu'elle est très rare *.
C'était comme un brillant épilogue du recueil des Odes ; mais pour la première fois Ronsard y « sonnait » Francus, l'ancêtre légendaire de nos rois. Sa grande ambition, dès 1 548, fut de devenir le poète officie], le poète en titre du roi; il ne s'en cachait pas ; il l'avait dit à son maître Dorât, à ceux de ses amis qui vivaient à la Cour, tels que Jacques Boujuet Maclou de la Haye, à Madame Marguerite, sœur du roi, à la reine, au roi enfin ; et le succès que lui avait valu en 1549 V Avantentrée et VHyvme de France ne pouvait que l'encourager dans cette voie. Mais, pour retenir définitivement l'attention et les faveurs de Henri II, il s'agissait de frapper un grand coup, et Ronsard, en écrivant ÏOde de la Paix, prétendit lui prouver qu'il était capable d'une œuvre héroïque de longue haleine, qu'il écrirait l'épopée de la
1. Ainsi s'explique encore la présence de mon nom après celui de Marty-Laveaux dans les notes bibliographiques qui accompagnent chaque pièce.
2. Je n'en connais que quatre exemplaires : l'un à Paris (Bibl. Sainte Geneviève, Rés. D, 8° 4410, pièce 2), l'autre à Grenoble (Bibl. municip.), un troisième dans la bibliothèque de James de Rothschild (Catalogue l'icot, I, 472), un quatrième dans la mienne.