XIV INTRODUCTION
princesse, sans qu'aucun adversaire soit particulièrement désigné, d'avoir défait « les soldars de l'Ignorance » et rendu aux Muses, surtout à celle de Ronsard menacée par « la chienne Envie », l'assurance et la sécurité.
Au reste, malgré le rang qu'elles occupent dans le recueil de 1552, c'est l'ode A Michel de THospital qui fut composée la première : cela ressort clairement de l'épode finale. Après avoir écrit ce chant de gloire en vingt-quatre triades « à la Thébaine mode », et accompli ce grand effort, tant admiré dés contemporains, Ronsard se contenta dans l'ode A Madame Marguerite de la strophe uniforme de six vers, pour faire l'éloge de la princesse et l'apologie du genre pindarique. Ce fait mérite l'attention, surtout si on le rapproche de cet autre fait que, vers la même époque, pour célébrer la mémoire de la tante de cette princesse, Marguerite de Navarre, dans un « hymne triomphal » de 480 vers, variété d'ode éminerriment pindarique, Ronsard laissa également la triade et se contenta de la strophe uniforme de douze vers, en se donnant des airs d'indépendance à l'égard du maître grec:
Assez Pindare a chanté
Les jeux d'Hercule et sa gloire.
Pour moi, la chose ne fait aucun doute : Ronsard a cessé d'écrire des odes avec strophes, antistrophes et épodes dès la deuxième moitié de 1550, s'étant rendu compte de la vanité de cette imitation purement formelle, et cédant soit aux railleries de son « blâmeur » de Cour, soit plutôt aux justes remarques de ses amis. Et cela me confirme dans l'opinion que l'ode A Michel de VHospital, sa dernière ode triadique, remonte au mois de juin de cette même année. Au surplus, on comprend aisément qu'il en ait ajourné la publication durant deux ans, ainsi que celle de l'ode A Madame Marguerite, mais on comprend aussi qu'il les ait publiées en octobre 1552, en face d'adversaires qui ne désarmaient point '.
I. La réconciliation avec Saint-Gelais n'eut lieu que le i" janvier 1553 (n. st.), et cela, chose curieuse, grâce à l'ingénieuse diplomatie del'Hos-