INTRODUCTION XIII
de le recommander efficacement à la princesse Marguerite et de contrebalancer de tout son poids l'influence funeste de Saint- Gelais. Jean de Morel promit également son concours. Tous deux agirent sans retard, sachant que l'antidote ne doit pas se faire attendre quand les oreilles d'un roi sont empoisonnées'. Guettèrent-ils et surprirent-ils Saint-Gelais dans sa vilaine besogne, ou bien demandèrent-ils à la princesse Marguerite de le surprendre elle-même et d'intervenir sur-le-champ ? La seconde hypothèse est plus probable, d'après cette strophe de l'ode A Madame Marguerite :
N'est-ce pas toy, vierge très bonne, Q.ui ne peult souffrir que personne Devant tes yeux so\X méprisé, Et qui tant me fus favorable Quand par l'envieux misérable Mon œuvre fut Mellinisé ?
En tout cas la protestation orale de la princesse fut immédiatement suivie d'une protestation écrite, où l'Hospital racontait la scène de la médisance avec la précision d'un témoin oculaire : pénétrante élégie en vers latins, où Ronsard en personne est censé présenter sa défense et accabler ses adversaires des traits d'une ironie indignée '.
Aussitôt prévenu de ce qui s'était passé, Ronsard se mit tout de suite (le contraire serait étonnant) à chanter ses bienfaiteurs, à leur exprimer sa reconnaissance et à plaider ^ro donio en maudissant son ennemi. Or, c'est justement toute la matière de l'ode A Madame Marguerite et de l'ode A Michel de VHospital. Mais tandis que l'une contient des allusions très nettes au chef de l'opposition et à sa manoeuvre, l'autre loue le chancelier de la
1. On trouve un écho de ce sentiment dans la strophe 22 de l'ode A Michel de l'Hospital, vers 725-726.
2. Elegia nomme P. Romardi adversns ejus obt<-eciatores et invidos scripia a Mich. Hospitalio, Fvanciae Caiicellario. C'est le titre qu'elle a dans les éditions posthumes des Œuvres de Ronsard, à la suite des Elégies; jusqu'en 1587, elle resta manuscrite dans les papiers du poète, sans doute à la prière de l'Hospital. On la tiouve encore dans les Mich. Hosptlalii Carmina, p. 457 (éd. d'Amsterdam, Lakcman, 1752. — Bibl. Nat., Yc. 8285) et dans le Ronsard de Blanchemain, t. IV, p. 561.