LIVRE V, ODE VIII I
Antistrophe
Affin (o Destins) qu'il n'advienne Que le monde appris faulcement, Pense que vostre mestier vienne D'art, & non de ravissement:
425 Cet art pénible, & misérable
S'elongnera de toutes pars De vostre mestier honorable, Demambré en diverses pars, En Prophétie, en Poésies,
430 En Mystères, & en Amour,
Quatre fureurs, qui tour à tour Chatouilleront voz fantasies '.
Epode
Le trait qui fuit de ma main [p. 187]
Si tost par l'air ne chemine, 435 Comme la fureur divine
Vole dans un cuœur humain :
Pourveu qu'il soit préparé,
Pur de vice, & reparé
De la vertu précieuse.
440 » Jamais les Dieux saincts & bons
» Ne répandent leurs saincts dons
» Dans une anie vicieuse.
440. /? Jamais, jamais les Dieus bons | 6o-8j Jamais les Dieus qui sont bons
I. Pris encore à Platon, Phèdre, XXII, où se trouve exposée la théorie des quatre fureurs ou enthousiasmes (prophétique, mystique, poétique, erotique). Cf. l'épître A J. Grelin et surtout le poème de La Lyre, où
Lors que la mienne ravissante Vous viendra troubler vivement,
445 D'une poictrine obéissante
Tramblez dessouz son mouvement, Et endurez qu'ell' vous secoue Le corps & l'esprit agité, Affin que Dame ' elle se joue
450 Au temple de sa Deité :
Elle de toutes vertuz pleine.
De mes secretz vous remplira,
Et en vous les accomplira
Sans art, sans sueur, ne sans peine.
Antistrophe
455 Mais par sus tout, prenez bien garde,
Gardez vous bien de n'employer Mes présents dans un cuœur qui garde Son péché sans le nettoyer :
Ains devant que de luy répandre, [p. 188]
460 Purgez-le de vostre doulce eau,
Affin que net il puisse prendre