LIVRE V, ODE X I
Tant elle est en sa force, forte.
Et si avec toy librement Je ne puis franchir les montaignes, Qu'Hannibal cassa durement Hayneux des Latines campagnes ' :
Pour-tant ne mesprise ma foy.
Car l'aspre soing qui m'enchevestre Seul m'alante, & m'engarde d'estre Prompt à voiler avecques toy ^.
Mais s'il te plaist de retenir Ta fuitte disposte & legiere, Jusqu'au temps qu'on voit revenir L'Aronde des fleurs messagiere :
De prompte jambe voyagere Je te suyvray, fut pour trouver L'onde où Phebus vient abbreuver Ses chevaux suantz de la course, Ou du Nil l'incertaine source.
Mais si le désir courageux Te picque tant qu'il t'importune De forcer l'hyver oultrageux, Et la saison mal opportune, Marche, fuy, va légèrement :
L'oyseau Menalien 3 Mercure,
43. 7J erreur en ta force {éd. suiv. corr.) \ 84-8J en sa chaisne forte | Bl a mélangé 60 et Sy dans les vers 41-43.
64-65. J2 deux points après opportune et pas de ponctuation après légèrement {éd. suiv. corr.).
1. Souvenir de Tite-Live, XXI, xxxviii, ou de Ju vénal, Sat., X, 155.
2. Quel est cet « aspre soin » ? L'amour, la maladie ou le manque d'argent? Richelel répond: « C'est l'amour qui le tient en bride et comme au licol ». Cf. Properce, I, vi, début.
3. Expression de Stace, Théb., VII, 65 : Menalius aies. Cf. Horace, Carm., I, 11, 42. C'est encore là « parler latin en français ».
Le Dieu qui des passants a cure Te puisse guider dextrement '.
Ces meurtriers pelottons volans [p. 208]
70 Que l'orage par les Monts boulle ^,
Ne te soyent durs ne violents, Et l'eau qui par ravines coulle Du just de la neige qui rouUe, Demeure coye, sans bruncher
75 Quand tu voudras en approcher :
La froide gorge Thracienne, Et l'aquatique Lybienne, Serrent leurs vents audacieux 3, Que rien sus les Monts ne resonne
80 Fors un Zephyre gracieux,
Imitant ton Luth quand il sonne :
Phebus aussi qui a congnu Combien son poëte te prise, Clair, par les champs te favorise,
81; Et sa Sœur au beau front cornu '^.
Quand tu te seras approché Des plaines grasses d'Italie,