‹ Œuvres complètes. Ed. définitive d'après les manuscrits originauxChapitre 101 sur 108 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

surent les capitaux craintifs et appellent les capitaux intelligents ! » La Compagnie aurait pour elle les commandes de l'État, puis les chemins de fer, la marine à vapeur, les établissements métallurgiques, le gaz, les cuisines bourgeoises. « Ainsi, nous chauffons, nous éclairons, nous pénétrons jusqu'au foyer des plus humbles ménages. Mais comment, me direz-vous, pourrons-nous assurer la vente? Grâce à des droits protecteurs, cher monsieur, et nous les obtiendrons; cela nous regarde! Moi, du reste, je suis franchement prohibitioniste ! le Pays avant tout! » On l'avait nommé directeur; mais le temps lui manquait pour s'occuper de certains détails, de la rédaction entre autres. « Je suis un peu brouillé avec mes auteurs, j'ai oublié mon grec! J'aurais besoin de quelqu'un... qui pût traduire mes idées. » Et tout à coup : « Voulez-vous être cet homme-là, avec le titre de secrétaire général? »

Frédéric ne sut que répondre.

« Eh bien, qui vous empêche? »

Ses fonctions se borneraient à écrire, tous les ans, un rapport pour les actionnaires. Il se trouverait en relations quotidiennes avec les hommes les plus considérables de Paris. Représentant la Compagnie près les ouvriers, il s'en ferait adorer, naturellement, ce qui lui permettrait, plus tard, de se pousser au Conseil général, à la députation.

Les oreilles de Frédéric tintaient. D'où provenait cette bienveillance? Il se confondit en remerciments.

Mais il ne fallait point, dit le banquier, qu'il fût dépendant de personne. Le meilleur moyen, c'était de

prendre des actions, « placement superbe d'ailleurs, car votre capital garantit votre position, comme votre position votre capital.

« A combien, environ, doit-il se monter? dit Frédéric.

— Mon Dieu! ce qui vous plaira, de quarante à soixante mille francs, je suppose. »

Cette somme était si minime pour M. Dambreuse et son autorité si grande, que le jeune homme se décida immédiatement à vendre une ferme. Il acceptait. M. Dambreuse fixerait un de ces jours un rendez-vous pour terminer leurs arrangements.

« Ainsi, je puis dire à Jacques Arnoux...?

— Tout ce que vous voudrez ! le pauvre garçon ! Tout ce que vous voudrez ! »

Frédéric écrivit aux Arnoux de se tranquilliser, et il fit porter la lettre par son domestique auquel on répondit :

« Très bien ! »

Sa démarche, cependant, méritait mieux. Il s'attendait à une visite, à une lettre tout au moins. Il ne reçut pas de visite. Aucune lettre n'arriva.

Y avait-il oubli de leur part ou intention? Puisque ^me Arnoux était venue une fois, qui l'empêchait de revenir? L'espèce de sous-entendu, d'aveu qu'elle lui avait fait, n'était donc qu'une manœuvre exécutée par intérêt? « Se sont-ils joués de moi? est-elle complice? » Une sorte de pudeur, malgré son envie, l'empêchait, de retourner chez eux.

Un matin (trois semaines après leur entrevue) ,

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