DEUXIÈME PARTIE
décorées d'arabesques jaunes, h reflets métalliques, et valaient cent écus la pièce. Il les fit mettre de côté.
<t Moi, à ta place, dit Deslauriers, je m'achèterais plutôt de Targenterie, » décelant, par cet amour du cossu, l'homme de mince origine.
Dès qu'il fut seul, Frédéric se rendit chez le célèbre Pomadère, où il se commanda trois pantalons, deux habits, une pelisse de fourrure et cinq gilets ; puis chez un bottier, chez un chemisier, et chez un chapelier, ordonnant partout qu'on se hâtât le plus possible.
Trois jours après, le soir, à son retour du Havre, il trouva chez lui sa garde-robe complète ; et, impatient de s'en servir, il résolut de faire à l'instant même une visite aux Dambreuse. Mais il était trop tôt, huit heures à peine.
« Si j'allais chez les autres? » se dit-il.
Arnoux, seul, devant sa glace, était en train de se raser. Il lui proposa de le conduire dans un endroit où il s'amuserait, et, au nom de M. Dambreuse :
<r Ah ! ça se trouve bien ! Vous verrez là de ses amis ; venez donc ! ce sera drôle ! »
Frédéric s'excusait, M""® Arnoux reconnut sa voix et lui souhaita le bonjour à travers la cloison, car sa fille était indisposée, elle-même souffrante ; et l'on entendait le bruit d'une cuiller contre un verre, et tout ce frémissement de choses délicatement remuées qui se fait dans la chambre d'un malade. Puis Arnoux disparut pour dire adieu à. sa femme. Il entassait les raisons :
(( Tu sais bien que c'est sérieux ! Il faut que j'y aille, j'y ai besoin, on m'attend.
« Va, va, mon ami. Amuse-toi! »
Arnoux héla un fiacre.
<c Palais-Royal ! galerie Montpensier, 7. »
Et, se laissant tomber sur les coussins :
(c Ah ! comme je suis las, mon cher! j'en crèverai. Du reste, je peux bien vous le dire, à vous. »
Il se pencha vers son oreille, mystérieusement :
« Je cherche à retrouver le rouge de cuivre des Chinois. »
Et il expliqua ce qu'étaient la couverte et le petit feu.
Arrivé chez Chevet, on lui remit une grande corbeille, qu'il fit porter sur le fiacre. Puis il choisit pour (c sa pauvre femme » du raisin, des ananas, différentes curiosités de bouche et recommanda qu'elles fussent envoyées de bonne heure, le lendemain.
Ils allèrent ensuite chez un costumier ; c'était d'un bal qu'il s'agissait. Arnoux prit une culotte de velours bleu, une veste pareille, une perruque rouge ; Frédéric un domino ; et ils descendirent rue de Laval, devant une maison illuminée au second étage par des lanternes de couleur.
Dès le bas de l'escalier, on entendait le bruit des violons.
« Où diable me menez-vous ? dit Frédéric.
— Chez une bonne fille ! n'ayez pas peur ! »
Un groom leur ouvrit la porte, et ils entrèrent dans l'antichambre, où des paletots, des manteaux et des