DEUXIÈME PARTIE
main sur le cœur, le pied gauche en avant, les yeux au ciel, avec sa couronne de lauriers dorés par-dessus son capuchon, tout en s'efïorçant de mettre dans son regard beaucoup de poésie, pour fasciner les dames. On faisait, de loin, un grand cercle autour de lui.
Mais la Vatnaz, quand elle eut embrassé longuement Rosanette, s'en vint prier Hussonnet de revoir, sous le point de vue du style, un ouvrage d'éducation qu'elle voulait publier: la Guirlande des jeunes Personnes, recueil de littérature et de morale. L'homme de lettres promit son concours. Alors, elle lui demanda s'il ne pourrait pas, dans une des feuilles où il avait accès, faire mousser quelque peu son ami, et même lui confier plus tard un rôle. Hussonnet en oubUa de prendre un verre de punch.
C'était Arnoux qui l'avait fabriqué ; et, suivi par le groom du Comte portant un plateau vide, il l'offrait aux personnes avec satisfaction.
Quand il vint à passer devant M. Oudry, Rosanette l'arrêta.
« Eh bien, et cette affaire ? »
Il rougit quelque peu ; enfin, s'adressant au bonhomme :
« Notre amie m'a dit que vous auriez Tobligeance...
— Comment donc, mon voisin I tout à vous. »
Et le nom de M. Dambreuse fut prononcé ; comme ils s'entretenaient à demi voix, Frédéric les entendait confusément; il se porta vers l'autre coin de la cheminée, où Rosanette et Delmar causaient ensemble.
Le cabotin avait une mine vulgaire, faite comme les décors de théâtre pour être contemplée à distance, des mains épaisses, de grands pieds, une mâchoire lourde ; et il dénigrait les acteurs les plus illustres, traitait de haut les poètes, disait : « mon organe, mon physique, mes moyens », en émaillant son discours de mots peu intelligibles pour lui-même, et qu'il affectionnait, tels que « morbidezza, analogue et homogénéité ».
Rosanette l'écoutait avec de petits mouvements de tête approbatifs. On voyait l'admiration s'épanouir sous le fard de ses joues, et quelque chose d'humide passait comme un voile sur ses yeux clairs, d'une indéfinissable couleur. Comment un pareil homme pouvait-il la charmer? Frédéric s'excitait intérieurement à le mépriser encore plus, pour bannir, peut-être, l'espèce d'envie qu'il lui portait.
M^® Vatnaz était maintenant avec Arnoux ; et, tout en riant très haut, de temps à autre, elle jetait un coup d'œil sur son amie, que M. Oudry ne perdait pas de vue.
Puis Arnoux et la Vatnaz disparurent ; le bonhomme vint parler bas à Rosanette.
<c Eh bien, oui, c'est convenu ! Laissez-moi tranquille. »
Et elle pria Frédéric d'aller voir dans la cuisine si M. Arnoux n'y était pas.
Un bataillon de verres à moitié pleins couvrait le plancher ; et les casseroles, les marmites, la turbotière, la poêle à frire sautaient. Arnoux commandait