‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 108 sur 252 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Je fus le seul amour de toute votre vie !

Ce sort était si beau qu'il me comblait d'effroi.

Il dure encor pourtant. Aussi, demandez-moi

Mon repos en ce monde et mon salut dans l'autre ;

Oui, changez, monseigneur et maître, — je suis vôtre!

En supplices futurs tous mes bonheurs passés";

Demandez-moi mon sang ! ... Je n'ai pas fait assez.

GIAN-BATTISTA

Que dis-tu, ma Pia? Quelle maison royale

M'aurait jamais donné d'épouse plus loyale,

Qui me fit plus d'honneur et portât mieux mon nom ?

Non, tu ne me dois rien, ma Pia, cent fois non !

Les femmes comme toi, le ciel les prédestine

Aux grands et saints devoirs, et l'humble contadine

Au centuple a payé le peu qu'elle m'a dû.

Mère de notre fils, tu me l'as bien rendu !

DONNA PIA, à part.

Notre fils !.

GIAN-BATTISTA, souriant.

Ah ! ton cœur n'a plus rien qui proteste, Et tu ne songes plus à faire la modeste ; Et moi, j'ai bien le droit d'être reconnaissant. . . Notre fils bien-aimé... Je pleure en y pensant... S'il est pur, généreux, bon, rempli de courage,

182 SEVEKO TORELLI.

0 ma chère Pia, c'est surtout ton ouvrage,

Et tu Tas, pour le faire aujourd'hui tel qu'il est, |

Nourri de tes vertus autant que de ton lait ! i

Ah ! tu ne dis plus rien, tu gardes le silence. . .

Pesez les sentiments d'un fils dans la balance ;

Du côté de la mère incline le plateau.

Va, quand nous dormirons dans le Gampo-Santo,

Les jours où notre fils, errant parmi les pierres,

Viendra nous apporter des fleurs et des prières

Et nous verra tous deux, en marbre copiés,

Les mains jointes, avec un lion à nos pieds.

Sa tendresse, suivant sa pente accoutumée.

Rêvera plus longtemps h toi, la mieux aimée,

Sans que j'en sois jaloux, hélas ! car c'est la loi...

Il priera pour nous deux ; les fleurs seront pour toi.

DONNA PIA

Vous êtes bon pour moi plus que je ne mérite, Monseigneur... Mais, soufl*rez qu'un instant je vous quitte. Parmi mes vêtements et les vôtres, j'ai pris Quelques menus objets pour ces pauvres proscrits, Et sans relard il faut que je les leur envoie... Je reviens.

Elle sort, à gauclie.

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