‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 129 sur 252 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SEVERO, seul.

Dans une heure ! Oui, voilà la question posée... Parricide ou parjure!... Ah ! ma force est brisée;

214 SEVERO TOIIELLI.

Dans ma poitrine un feu brûle en me consumant...

Me tuer, c'est encor manquer à mon serment ;

Cela m'est interdit. . . Non ! il faut que je vive. . .

Voilà la question, voilà Talternative :

Me parjurer, trahir. . . ou tuer Barnabo î . .

Tu n'en sortiras pas!... Étreins-toi le cerveau.

Malheureux, tords tes mains, pleure, sanglote et crie î

C'est ainsi : Parricide ou traître à la patrie î

Ah ! puisque tout chemin me conduit à l'enfer,

J'y veux aller du moins le front haut, le cœur fier...

Je le tuerai î ... Tantôt, n'a-l-il pas eu l'audace

De me jeter ici ma naissance à la face?

Je tiendrai mon serment, je tuerai Spinola!...

Oui, mais revoir ma mère après ce crime-là !

Tendre, pour Fembrasser, mes deux mains toutes pleines

Du sang, du même sang, qui coule dans mes veines !

C'est impossible, non... je ne pourrai jamais!...

Que je suis malheureux! Et hier encor, j'aimais

Mon pays, mes parents, mes amis, la nature,

La beauté; j'espérais tout de l'heure future;

Je voulais Pise libre et je croyais en Dieu;

J'avais vingt ans, mon cœur était comme un ciel bleu ;

Et, sans que la patrie en pût être jalouse,

Bien souvent, je révais de quelque blanche épouse.

Et devant une fleur je soupirais d'amour !

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