‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 15 sur 252 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

rêve magnifique qu'il faudrait me donner les moyens de réaliser? (Montrant la ville au loin.) Ail ! VOUS me demandiez pourquoi je voulais me tuer? Eh bien! écoutez... Vous voyez cette ville, où j'ai subi toutes les tortures de la privation et du désir, cette cité jadis fameuse dans l'histoire ? Eh bien î . . . je vais vous paraître un fou, mais je rêvais d'être celui qui lui rendrait son ancienne gloire. Vous voyez ces faubourgs, bordés d'hôpitaux et de cimetières, où souffre et meurt un peuple rongé de misère e^ d'envie? Je voulais y faire bénir mon nom comme celui d'un bienfaiteur. Dans ces casernes, où paradent quelques bataillons de soldats ivrognes et fainéants, je voulais enflammer d'enthousiasme une jeune armée que j'aurais envoyée à la victoire. Dans ces hôtels, dans ces maisons somptueuses, où s'épanouissent comme des fleurs de serre des femmes dont le regard fait mourir de langueur, je voulais me faire aimer par la plus belle de toutes, comme j'aurais été le plus grand de tous. Enfin, vous voyez bien, là-bas, ce palais sur lequel flotte un drapeau royal et où de vieux ministres en perruques poudrées feuillettent des paperasses autour d'une table? Eh bien ! c'est dans ce palais, c'est à cette table que je voulais

m*asseoir à la première place, faisant courber le front à ces vieillards devant Taudace de ma volonté, et leur parlant, au nom du souverain, un langage dont l'écho aurait fait tressaillir TEurope! Ah! vous me preniez peut-être pour un désespéré vulgaire?... Vous vous trompez, mon gentilhomme. Le cerveau qui, dans un moment, va souiller de ses débris les planches de ce tir, a contenu un monde; il a conçu Tœuvre sublime du grand patriote et du tribun. Vous parliez de secours et de protection, monsieur le hobereau, et vous comptiez sans doute m'ofîrir les dix frédéricks qui sont dans votre bourse et une place de commis chez quelque laquais titré? Gela ne me suffit pas, vous voyez... On devient très exigeant pour la vie quand on a pris son parti de la mort. Allons, parlez! pouvezvous faire quelque chose pour moi?... Le jeune roi est un libre esprit. Me présentez-vous à la cour? Le premier ministre pourrait comprendre quelques-unes de mes vues politiques et son secrétaire intime vient de mourir. Avez-vous assez de crédit ])our me faire obtenir cette place?... Pour débuter, j*ai besoin d'argent. M'ouvrez-vous un compte chez votre banquier? Il me faut des femmes |)our alliées. Quand m'introduisez-vous chez la chanoi-

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