ACTE I, SCÈNE V
<iu sang ou d'un millionnaire, m'a laissé sans argent et sans protecteur... J'ai accepté bravement la bataille de la vie. Tenez, monsieur, vous jouez avec un pommeau de cravache dont la valeur représente trois fois la somme qui m'a suffi pour végéter pendant deux ans, sous un des toits de cette grande ville, passant mes journées en efforts inutiles et mes nuits en veilles acharnées pour acquérir les connaissances qu'il faut à un ambitieux pauvre. J'ai lutté, mais j'ai été vaincu. Il paraît que la société ne veut pas de moi. J'ai subi tous les refus, toutes les humiliations... Je sens en moi une volonté à soulever des montagnes, et hier on m'a refusé une place d'expéditionnaire h la chancellerie... Ah ! je suis allé jusqu'au bout; mais aujourd'hui je suis trop las, et comme il me restait un florin, j'ai acheté la charge de poudre qui est dans ce pistolet. . . Vous, monsieur... je ne vous connais pas... mais on vous appelait tout à l'heure devant moi Monseigneur €t Excellence, et je devine que votre aristocratique ennui n'a rien de commun avec mon trivial désespoir. Ainsi, passez votre chemin... Justement, voici le garçon d'écurie qui amène votre cheval dans cette cour. Bonne promenade ! Un temps de trot dissipera vos idées noires... Allez! et laissez
cette place libre à un misérable qui en a besoin pour mourir.
LE DUC
El je le ferais, vertubleu ! si vous mouriez d'unetrahison de grisette ou d'un manuscrit sans libraire. Mais vous venez de prononcer quelques énergiques paroles qui vous ont valu mon estime. Ainsi, cette jeune fille avec qui je vous ai vu tout h l'heure n'est pour rien?...
Meta ! Ah ! silence là-dessus, s'il vous plaît. Elle î c'était le bonheur obscur, le devoir vaillamment accepté, une vie de courage et d'amour qui s'offrait à moi, et dont ma folie n'a pas voulu.
Alabonne heure !Savez-vous que vous me gagnez tout à lait? Écoutez... Je suis assez bien en cour, je suis riche, et si mon appui...
KARL
Une aumône!... Ah! je vous attendais lii; mais,, quand même je ne serais pas trop fier pour accepter^ vous doutez-vous seulement de ce qu'il fiiudrait m'olFrir pour me satislaire? Savez-vous quel est le