ACTE I, SCÈPsE I. ^o
Pour se donner à lui d'un entier dévouement, Et que, s'il surgissait parmi nous brusquement, Ce Chariot, dont nous ont tant parlé nos aïeules, Nos lames sortiraient du fourreau toutes seules!
LE VIEIL ENOCH
La mienne y restera, garçon.
ROBIN
La mienne aussi.
DUNCAN
Ne sommes-nous donc plus bons jacobites?
LE VIEIL ENOCH
Si!
On se souvient que c'est grâce aux gens de Hanovre Que l'Angleterre est riche et que l'Ecosse est pauvre ; On n'a pas oublié que tout le mal vient d'eux ; On aime les Stuarts ; on hait ce Georges deux ; Et si, pour renvoyer, là-bas, à sa mangeoire, Ce cheval d'Allemagne à la lourde mâchoire Qui s'est, contre tout droit, dans nos prés mis au vert,. Un espoir de succès, un seul, était offert, Eh bien, on essayerait! on nous verrait encore Décrocher le mousquet, mettre au vent la claymore, Et sur les vieux pibrocks jouer les airs anciens. Mais le diable est avec tous ces Hanovriens,
260 LES JACOIUTES.
Et notre humble prière, à nous, Dieu la dédaigne; Car nous sommes vaincus, car notre pays saigne Des efforts surhumains obstinément tentés Pour nos rois en exil et pour nos libertés ! Toujours lutter pour rien, lutter sans espérance; A quoi bon? Ce Stuart, qui nous tombe de France, De tous ceux qui sont morts pour lui, sait-il les noms? On a construit des forts hérissés de canons, Prêts à nous foudroyer, si le Haut-Pays bouge ; L'Angleterre a posé partout son soldat rouge, Maudit coquelicot qui ronge notre blé.
Et je dirais, devant tout le clan assemblé. Que les rébellions désormais seront vaines. Et que nous sommes las de nous ouvrir les veines.
Dl NCAN.
Cependant ces soldats rouges, galonnés d'or. On les a battus.
LE VIEIL ÉNOCH
Oui, le chardon pique encor; Oui, le cerf découdra quelques chiens de la meute ; C'est bien sûr! Si, demain, éclatait une émeute, Parbleu! nous pourrions voir encor les Anglais fuir Comme à Killiecrankie et comme à Sherif-Muir. Mais après? Ils viendront mille contro un, te dis-je !