‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 20 sur 252 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

KARL, puis LE DUC.

Au lever du rideau, Karl est endormi dans un grand fauteuil, devant la table de travail; il est vêtu d'un costume de cour et son visage exprime une fatigue immense. — La porte du fond s'ouvre et le duc entre, introduit par un huissier qu'il congédie d'un geste. Puis il ,s'approche de Karl endormi, le regarde un moment ethausse les épaules.

LE DUC, éveillant Karl et le saluant avec un respect ironique.

Mes respects à Son Excellence.

KARL, s'éveilbnt en sursaut, très surpris.

Vous, monsieur le duc ! Je croyais que vous passiez l'hiver en Bohême, dans vos chasses.

LE DUC

J'en avais d'abord l'intention. Mais les bracon-

iO L'HOMME ET LA FORTUNE.

niers ne nous laissent rien. Apeinesi j'ai pu, par-ci par-là, éventrer un sanglier ou tirer un isard.

KARL

Et vous revenez à la cour?

LK DlC.

Où le premier spectacle que je trouve est un ministre dormant sur les affaires d'État, comme un juge à son audience.

KARL, souriant.

C'est, ma foi ! vrai. Mais j'étais brisé de fatigue. Je n'aj pu quitter le bal de la reine douairière qu'à deux heures de la nuit, et — voyez! — je n'ai même pas quitté mon habit de cour pour me mettre au travail.

LE DUC

Oh ! vous nous avez prouvé votre indomptable énergie. En quelques mois, premier ministre et protégé de la belle comtesse Zéno... C'est superbe! Le bruit de vos derniers succès m'est parvenu jusque dans ma terre, et j'ai voulu savoir où vous en étiez. J'assiste un peu à votre vie comme les dilettanti de la Scala ou de San Carlo aux débuts d'un nouveau ténor; ils se retirent, la plupart du temps, dans le salon de leur loge, pour deviser d'amour

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