ACTE II, SCÈNE I
avec les dames et prendre des sorbets à la neige, mais ils reviennent à leurs places quand l'orchestre prélude pour le duo ou la cavatine. Or, d'après mes renseignements, vous êtes arrivé au passage scabreux de l'opéra, et je suis curieux de vous entendre donner Vut,
KARL, avec impatience.
Duc!
LE DUC
Nevousfâchezpas. Sur ma parole, je ne demande pas mieux que d'avoir à vous applaudir. Seulement, j'ai bien peur qu'au contraire vous ne courriez à votre perte.
KARL
Et pourquoi?
LE DUC
Je suis seulement ici depuis vingt-quatre heures, et, quoique je n'aie pas encore paru à la cour, j'ai déjà vubonnombredenoblespersonnages. Tous vos ennemis, mon cher! une véritable coalition. Aussi, quelle ragede libéralisme! Quelle avalanche deprojets de lois révolutionnaires! Abolition des majorats, impôts somptuaires, suppression de la vente desbaronnies et des commissions d'officiers, que sais-je? Je ne vous croyais pas si fougueux démocrate.
Eh! monsieur le duc, tout cela est nécessaire. Le roi, d'ailleurs, approuve mes réformes. Les abus que je veux supprimer ne sont plus de notre âge, et quant aux impôts. . . l'argent manque partout. . . Les hôpitaux, l'armée. .
LE DlC.
De grâce, ne parlons pas politique! Ce que je vous en dis est simplement dans votre intérêt. Mais, dans votre rapide ascension, vous vous alourdissez d'une cargaison de préjugés et de vertus dont je me débarrasserais, à votre place, avec aussi peu de scrupule qu'un négrier poursuivi lance sa marchandise noire par-dessus bord.
KARL
Merci du conseil, mais nous ne sommes décidément pas de la même école.
LE DUC
Voilà qui est merveilleux ! Un an de vie à la cour et trois mois de pouvoir n'ont pas entamé davantage vos illusions. Quelle robuste naïveté, vertubleu !
Non pas ! Si en m'arrêtant au seuil de la mort et en me jetant dans mon désir réalisé, vous n'avez