ACTE I, SCÈNE l
Le feu roi, conseillé par Michel Brancomir,
Au Sultan renvoya son vain titre d'émir,
Refusa le tribut et fit appel aux armes.
Tout le peuple, appelé par les tocsins d'alarmes.
Parut devant Michel. A la voix du héros.
Les lourds sabres rouilles jaillirent des fourreaux.
On l'acclama pour chef, on jura de le suivre.
Ayant donc fait des vœux aux icônes de cuivre,
Senti les douces mains des aïeux sur son front
Et pris congé des siens d'un baiser rude et prompt,
Chacun vint sur ces monts où Michel mit son aire
Et mêla désormais ses canons au tonnerre.
Le vieux Sultan, rêvant supplices et gibets,
Avait lancé sur nous ses pachas et ses beys,
Les plus cruels, ceux-là que ces damnés préfèrent;
Mais, accourus ainsi qu'une trombe, ils trouvèrent
Michel debout au seuil de chaque défilé.
Alors sur ces sommets tant de sang a coulé
Qu'il rougissait au loin l'écume des cascades.
Toutes les nuits, combats, surprises, embuscades;
Nous glissions vers les Turcs, ventre à terre et rampants
Chaque quartier de roc cachait un guet-apens;
Sous un bloc ébranlé d'une seule pesée,
Toute une bande, un jour, par moi fut écrasée
Et périt sans pouvoir même crier : Allah î
180 POUi; LA COURONNE.
La bataille a duré douze ans comme cela,
Dans ces vieux monts brûlant d'une ardeur de fourii;»!-'
Et, comme la marée au pied d'une l'alaise,
Toujours Telfort des Turcs se brisait aux Balkans...
Aujourd'hui leurs assauts deviennent moins fréquent.
Leur Othorgul-pacha campe bien dans la plaine;
Mais le tigre d'Asie est las et prend haleine.
Ses bonds n'ont pas atteint notre aigle dans son nid.
Ses crocs se sont usés contre le dur granit;
Et, tout sanglant, vautré dans les moissons dorées,
Il regarde, en pleurant, ses grilles déchirées.
Oui, ce Michel est grand. Tu dis vrai, compagnon. Désormais, dans mes vers je veux unir son nom A ceux de Vlad le Diable et de Jean llunyade. Je dirai ses hauts laits de bourgade en bourgade, M'accompagnant, pour mieux les célébrer encor. Sur mon luth albanais où tremble un grelot d'or... Mais dis-moi, ce héros, ce batailleur si rude Vit donc seul avec vous dans cette solitude ?
LAZARE
Non pas, il a sa t'emmc et son lils Constantin. Quand Michel, commençant son glorieux destin,