ACTE I, SCÈNE III
BAZILIDE
Patience !
MICHEL
Ah ! ce peuple est ingrat et stupide !... Ainsi, pour eux, pendant douze ans, chef intrépide. J'aurai fait reculer Tétendard triomphal Surmonté du Croissant et des crins de cheval ! Pour qu'ils sèment en paix leurs maïs et leurs seigles, Mon sabre aura donné de la pâture aux aigles ! Pour eux tous, laboureurs, ouvriers, trafiquants, J'aurai barré la route aux Turcs, dans les Balkans, Et mon canon vainqueur aura rempli ces gorges De grondements d'orage et de lueurs de forge* ! Pour qu'ils vivent sans crainte et qu'ils puissent, le soir, Au seuil de leur demeure, en famille, s'asseoir, J'aurai vieilli captif, moi, dans ma place forte Où j'ai mis, seul trophée, au-dessus de la porte, Gomme les paysans font parfois d'un hibou. Vingt crânes de pachas traversés par un clou ! Cette invincible main, qui de colère vibre, Aura fait ce pays riche, prospère et libre. Puis, le trône étant vide et semblant à mon gré, On me préférera ce vieillard tonsuré!...
192 POUK LA COURONNE.
Un prêcheur très expert en grimaces sacrées, Populaire, faisant le pauvre... Simagrées !. . La couronne des rois tremblera sur son front. Qu'importe ? C'est TÉvêque !... Et tous préféreront A mes cris belliqueux ses prières peu sûres. Et le vin de sa messe au sang de mes blessures. Vainement le feu roi m'a voulu désigner Comme le seul capable, après lui, de régner; En vain il m'accorda l'impôt d'une province, L'aigrette des boyards et le titre de prince. Ils éliront le vieil évoque, j'en suis sûr. — Toi, Michel, tiens-toi prêt pour le combat futur. Othorgul va bientôt reprendre la campagne. Défenseur des Balkans, reste sur ta montagne. Veille pour eux, soldat; ils veulent sommeiller. Et leur ingratitude est un doux oreiller... Ah ! prends garde pourtant, ô peuple, bête brute. Qu'à la fin le soldat ne soit las de la lutte; Prenez garde, bourgeois au cœur vil et bourbeux, Laboureurs encor plus stupides que vos bœufs. Vieux boyards idiots, moines à face glabre, Qu'un jour sur mon genou je ne brise ce sabre Qui seul protège encor votre or et vos moissons, Dnssiez-vous m'égorger avec les deux tronçons!