‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 3)Chapitre 115 sur 191 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

BAZILIDE

Une autre vous dirait, Monseigneur, pour vous plaire : (( Calmez-vous !... » Moi, Michel, j'admire ta colère. Le lion n'est jamais plus beau qu'en rugissant; Et sur ce noble front où monte un flot de sang. Moi, fille des Césars et des anciens Patrices, J'aime à voir le courroux blanchir tes cicatrices. Que m'importe, après tout, qu'un vote de hasard Donne ou non pour un jour le trône à ce vieillard, Et que l'ignoble envie un moment t'en évince ! Tu seras roi, soldat; vous régnerez, mon prince... Quand j'étais tout enfant, le devin de la Cour, A Byzance, m*a dit : « Vous serez reine, un jour ! » Et toujours devant moi ce souvenir se dresse. Oui, Michel, à ce front que votre main caresse, La couronne royale est faite pour briller. Tu me la gagneras, mon brave aventurier; Tu me la gagneras par force ou par malice î Comme tu seras beau, présidant un supplice, Et quel orgueil secret et charmant j'aurai, moi, D'être seule à ne pas trembler devant mon Roi î Oui, mon Roi ! Je le veux ! ... Ce misérable évêque î . . . Va, Michel, je suis femme et, de plus, je suis Grecque,

194 POLI{ LA COUUONNE.

Et quiconque une fois m'a déplu s*en repent. Enlacé dans mes bras, tu dis parfois : « Serpent ! » Serpent, soit. Mais le souple et venimeux reptile, En certains cas, est plus que le grand fauve, utile. Parfois ton rude bras n'aura pas à frapper; Je puis mordre pour toi, pour toi je puis ramper... Serpent, soit ! mais pareil à ce python d'Asie Qu'un nègre fait danser selon sa fantaisie, Et qui revient toujours, esclave familier. Pendre au cou du jongleur son doux et froid collier.

MICHEL

Je t'aime, Bazilide, ô charmeuse, ô sirène !

Si je veux être roi, c'est pour que tu sois reine...

Comme je suis changé, pourtant, et ce que c'est

Que de nous ! Car la gloire, hélas ! me suffisait;

Jamais je ne rêvai couronne ni royaume...

Mais tu vins et tu mis dans cette rude paume.

En fixant sur mes yeux tes yeux énamourants,

Ta petite main pâle aux ongles transparents.

Puis dans nos belles nuits d'amour, nuits où l'on veille,

Tu murmuras le mot fatal à mon oreille...

Être roi ! Le désir cruel m'avait mordu...

Il peut me perdre î... Soit, je veux être perdu !

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