ACTE I, SCÈNE IV. li
CONSTANTIN
Cette nuit, par rancien défilé de Trajan.
MICHEL
C'est la troisième fois qu'ils tentent ce passage.
CONSTANTIN
Oui, mais il était bien gardé, selon Fusage. Marcovitch, le guetteur, qui veillait dans ce lieu Près du bûcher d'alarme, y mit vite le feu. L'ennemi connaît bien le signal; il s'arrête. Et, sur-le-champ, les chefs commandent la retraite. Craignant d'être surpris dans l'étroit défilé. Mais je les ai rejoints pourtant. J'ai rassemblé Mes hommes; et, traînant avec nous la bombarde. Nous avons pu couper en deux Tarrière-garde. Nous tirions à mitraille et presque à bout portant. Quatre cents Turcs au moins sont morts en combattant. Père, une fois de plus la montagne est sauvée. Nous avons la victoire...
Jetant les étendards aux pieds de son père.
Et voici le trophée !
BEN KO, à part.
Encor vaincus!
MICHEL, s'avançant vers Constantin les bras ouverts.
Mon brave enfant, embrasse-moi!..
Ton chef est satisfait, ton père est fier de toi; Et j'ai, dans ta personne, un lieutenant solide.
A sa femme.
Il faut que vous l'aimiez, ma belle Bazilide,
Et qu'il vous aime aussi... car c'est mon seul enfant
Voyez ce front hautain, ce regard triomphant!
Oui, trop de rêverie encore et de chimère
Dans ces yeux-là. C'est bien la douceur de sa mère ;
Mais il a la valeur des Brancomir, c'est sûr.
Pour lui donner le lait ardent de son sein dur,
La guerre, sa nourrice, a défait sa cuirasse;
Et l'écho du canon berça ce fils de race.
Qui, marmot, n'a jamais crié quand il tombait,
Et qui, vers l'âge encor d'épeler l'alphabet,
Par jeu, prenait d'assaut les roches escarpées,
Et chevauchait déjà sur mes grandes épées.
Apercevant les deux prisonniers.
Mais qui sont cette femme et cet homme enchaînés ?