ACTE II, SCÈNE II
BAZILIDE
Chaque jour, j'y reviens et j'insiste.
BENKO
Son intérêt est là.
BAZILIDE
Son préjugé résiste.
BENKO
Pourtant Tévénement ne serait pas nouveau. Assen, roi de Ghoumla, Jean, tzar de Tirnovo, Et Sava le Hautain, despote de Serbie, Furent mis à la même épreuve et l'ont subie. Pour sauver leur couronne, ils ont passé par là. En permettant chez eux le saint culte d'Allah, En laissant circuler l'Ottoman sur leurs terres. Ils y régnent en paix et sont rois tributaires. Faisant ce qu'ils ont fait pour sauver leurs États, Le prince y gagnerait un trône qu'il n'a pas. Être roi du Danube au Balkan ! Qu'il y pense ! C'est une généreuse et large récompense. Mon maître est cependant prêt à la lui donner. Le Sultan — je l'ai dit — ne veut plus s'obstiner;
-220 POl II LA COURONNE.
Il s'afllige de voir son héroïque armée Au pied de ces vieux monts vaincue et décimée. Que Michel, sans combat, nous les laisse franchir; Et soudain Othorgul, le glorieux muchir, Couronne Brancomir et dépose Tévêque.
Alors rislam fleurit près de l'Église grecque. Le sang ne coule plus. Aux pays danubiens. Tout est en sûreté, les gens comme les biens. Défense désormais qu'on se tue et se batte Des bords de la mer Noire au sommet du Garpathe. Michel roi, c'est la paix. . . Que vous dirais-je encor ? Qu'il n'aura qu'à payer par an cent bourses d'or, Que j'ai là le firman donné par Sa Hautesse... Mais je vous ai vingt fois fait ces ofl'res, princesse. Et vingt fois vous m'avez promis votre concours Pour que Michel consente... Il refuse toujours.
RAZILIDE.
Crois-tu donc, Ibrahim, qu'il me soit si facile
De plier à mon gré cet esprit indocile ?
Ce plan, qui nous paraît tracé par la raison,
A ce rude soldat semble une trahison.
Je murmure souvent ton offre à son oreille.
Mais je vois dans ses yeux le scrupule qui veille.