ACTE III, SCÈNE I
Bien sûr que, celte nuit, il va geler encor.
Apercevant le chevrier qui paraît dans les roches.
Quelqu'un?... Ce n'est que toi, berger?
LE CHEVRIER
Bonsoir, Sandor.
LE GUETTEUR
Bonsoir, Djoan.
LE CHEVRIER
Tu n'as donc pas fini ta garde ?
LE GUETTEUR
J'attends mon remplaçant et je me plains qu'il tarde, Car le vent des glaciers vous pénètre la peau... Mais, toi-même, pourquoi laisses-tu ton troupeau?
LE CHEVRIER
Mon chien le veille et, va, la bête n'est pas sourde... Je reviens du torrent où j'ai rempli ma gourde.
LE GUETTEUR
Je songe — pour rêver j'ai le jour tout entier — Que nous faisons, ton chien et moi, même métier.
250 PO ru LA r.OUKO.NNP:.
Dormir le jour, veiller la nuit, tendre Toreille, Ouvrir l'œil. La besogne est tout à fait pareille.
LK CHEVKIKR.
Oui, c'est juste. Le Turc est le loup, toi le chien,
Et Michel le berger... Mais il nous garde bien.
Le brave homme, et s'il dort, c'est la main sur ses arme
Où donc en serions-nous sans ses bûchers d'alarmes?
Ah ! c'est un chef!...
LE GUETTEUR
Pardieu! C'est le grand Brancomii N'importe... Le nouveau guetteur devrait venir, Et c'est bien long, vois-tu, trois jours de solitude.
LE CHEVKIEn.
Dis donc, Sandor. Ma vie est encore plus rude. Ce soir, tu vas dormir au lit et manger chaud. Tandis que, tout l'été, je dois rester là-haut. Sans voir visage humain, tout seul, avec mes chèvres. Là, j'ai failli mourir quand j'avais pris les fièvres...