ACTE III, SCÈNE V
Mais depuis quand faut-il que le père supporte
L'oreille de son fils aux fentes de la porte?
Depuis quand ai-je pris tes avis? Depuis quand
Le chef est-il soumis à son valet de camp ?
Je ne daignerai pas te faire de réponse.
Tu sais qu'on m'obéit quand mon sourcil se fronce.
Or je veux rester seul, ce soir, sur ce plateau.
Et tu vas retourner à ton poste, au château,
Par le plus court chemin, sur-le-champ. Pars et tremble,
J'allumerai ce feu plus tard, si bon me semble.
Et je sais ce qu'il faut pour le bien du pays.
Je l'ordonne. Retourne à ton poste. Obéis.
CONSTANTIN
C'est donc vrai. Je n'ai pas fait un rêve funeste. La trahison est près de s'accomplir. Je reste.
MICHEL
Tu prétends!...
CONSTANTIN
Ah ! je puis braver votre courroux.
Car c'est ce qui me reste encor d'amour pour vous, Mon père, qui m'a fait venir sur cette cime Et jeter ma personne entre vous et ce crime.
:>{j{) POliU LA COI IlONNE.
Sentiment lilial, respect du chef vainqueur,
Arrière ! Je n'ai plus qu'un désir dans le cœur.
Je veux sauver — car Dieu m'en demandera compte —
Mon pays du malheur, mon père de la honte.
Il faut que l'incendie éclaire les sommets.
Place ! Je veux saisir cette torche.
MICHEL
Jamais.
CONSTANTIN
Mon père, songez-y! Mon père, prenez garde î
Car Dieu vous voit, le ciel étoile vous regarde î...
Je me suis demandé, quand j'ai pu tout savoir,
Ce qu'exigeait Thonneur, quel était mon devoir.
Il était clair, hélas! Dénoncer Tacte infâme,
Oui, vous dénoncer, vous et votre horrible femme î
Et démasquer ce Turc... Mais pour vous, malheunnix '
C'était la mort après quelque supplice affreux;
C'était, c'était surtout votre gloire passée
Par ce crime public en un jour effacée.
Devant cet effrayant devoir qui m'incombait.
J'ai vu, dans un éclair, la honte, le gibet.
Cette atroce action d'un fils livrant son père
M'a rempli de terreur, je n'ai pas pu la faire.