ACTE III, SCÈNE V
Non, je n'ai pas voulu que ce nom plein d'éclat Fût méprisé, que tant de gloire s'envolât Comme une feuille morte au souffle de la trombe, Et qu'un jour le passant crachât sur votre tombe. Je me suis tu. Le cœur dévoré de tourment, J'ai tardé, reculé jusqu'au dernier moment. Mais à présent, je dois agir, car le temps passe. Je veux bouter la flamme au feu d'alarme. Place ! Apaisez la patrie et le ciel en courroux. Songez qu'en me taisant j'ai détourné de vous La mort sur l'échafaud, les tortures prochaines. Sans moi, vous sentiriez déjà le poids des chaînes Et la main du bourreau sur vous s'appesantir... Mon père, n'allez pas m'en faire repentir!
MICHEL
Trop tard. Regrette donc d'avoir sauvé ma vie. Il fallait, fils pieux, contenter ton envie Et tout dire, et me voir, ainsi qu'un vil Judas, Massacré sous tes yeux par mes propres soldats. Tant pis pour toi. Ton cœur s'interroge et discute. Mais ce qu'a résolu le mien, je l'exécute. Qui n'a rien su prévoir ne peut rien empêcher, Et je ne permets pas qu'on touche à ce bûcher.
CONSTANTIN
Vous abandonneriez notre vieille frontière ! Les Turcs ravageraient l'Europe tout entière, Tout le monde chrétien !
MICHEL
Il fut ingrat pour moi.
CONSTANTIN
Et le Christ, votre Dieu !
MICHEL
Ce Dieu m'a-t-il fait roi ?
Malgré lui, je veux Têtre, et le serai !
CONSTANTIN
Peut-être !
La couronne est parfois trop large au front du traîln Elle peut tout à coup, nouveau roi du Balkan, Vous tomber sur l'épaule et devenir carcan.
iM I C II K L.
Tn m'insultes!... C'est trop dt' ra^c l't de folie!