‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 3)Chapitre 185 sur 191 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

Aussi nous avons fait, reconnaissant hommage,

Fondre les canons turcs pour dresser son image.

La voici. Malheureux, peux-tu la regarder?

Toi, le fils de Michel, né pour lui succéder,

Sous la protection de sa gloire imposante.

On t'accuse — et la preuve, hélas ! est écrasante —

D'avoir eu le projet, effroyable, inouï,

De vendre ces Balkans vingt fois sauvés par lui !

Prêtre, je sais combien le fleuve humain charrie

De hontes, mais celui qui trahit sa patrie

Et qui livre le sol où dorment ses aïeux

Est odieux bien plus que les plus odieux;

C'est du nom détesté de Judas qu'on l'appelle ;

C'est le fils monstrueux d'une mère encor belle

Qui, l'exposant aux yeux du public débauché,

Lui-même la vendrait comme esclave, au marché !

Or, ce crime sans nom, sans pareil, sans excuse,

Constantin Brancomir, ce crime, on t'en accuse.

Bien plus, on t'en convainc ; et, cœur abject et bas.

Même devant ton roi, tu ne t'en repens pas.

Ah ! parle ! Éclaire au moins la justice terrestre.

Le geste impérieux de cette image équestre

L'exige, Constantin, et ton père irrité

Veut apprendre par toi toute la vérité.

Ce monument, témoin de ses nobles faits d'armes,

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