‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 3)Chapitre 83 sur 191 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ZELIE.

Un innocent ! Qui donc l'était plus que mon maître, Le pauvre abbé Morel ? Un cœur d'or ! Un vrai prêtre ! Et n'ayant jamais rien à lui, toujours donnant!... Le tuer! On est donc des tigres, maintenant. Moi, je n'y connais rien; je suis de la campagne. Mais vos Parisiens, c'est tous des. gens à bagne. Ça n'a pas de raison plus que les animaux. Pour la Commune, quoi ? des bêtises, des mots, Voilà qu'on se massacre et qu'on prend des otages, Gomme chez les brigands, comme chez les sauvages. Et qu'on tue un brave homme, un pauvre malheureux Qui, pour ses charités, pendant ce siège affreux. Avait presque vendu sa dernière chemise. Voisine, la douceur n'est vraiment plus permise. Ce peuple d'assassins doit être châtié.

Pas de pitié pour eux qui furent sans pitié !

LA VOISINE

Au fait. Tous ces brigands ! Ce n'est pas grand dommage. Le pauvre cher abbé !... L'hiver du grand chômage, Chez les plus malheureux, qui le bénissaient tous. Il arrivait avec sa pièce de cent sous.

13« LE I»ATKI1.

Tué! Fusillé! Mort!... I/épouvantable chose! Mais, — j'y pense, — sa sœur, mademoiselle Rose, Qui l'aimait tant?... Non ! ca doit être un désespoir î

ZÉLIE

Voisine, ce n'est rien de le dire, il faut voir. D'abord elle a resté sans dire une parole. Ça faisait peur. J'ai cru qu'elle devenait folle. Et puis ont éclaté des hurlements, des cris. Des malédictions sur ce gueux de Paris !... Et répétant toujours : « Ah ! l'horreur ! l'infamie ! )> C'est effrayant!... Enfin, elle s'est endormie De fatigue, dans son grand fauteuil.

Montrant la porte de gauche.

là dedans.

Mais tout à l'heure, en rêve, elle grinçait des dents... Et j'attends son réveil.

LA VOISINE

La pauvre demoiselle!

ZÉLIE

Voilà plus de quinze ans, moi, que je suis chez elle. Les parents, des bourgeois à moitié paysans, Étaient morts depuis peu. Le frère avait douze ans,

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