SCÈNE I
La sœur vingt, mais déjà c'était un cœur de mère.
L'orphelin revenait de l'école primaire
Avec la croix, toujours... Et doux, obéissant!...
Aussi mademoiselle était fière en disant
Que son Jean n'était pas un enfant ordinaire.
On le mit, à la ville, au petit séminaire.
Il obtint tous les prix, fut toujours le premier.
C'est alors qu'un de leurs cousins, riche fermier,
Voulut épouser Rose. Elle était si gentille!
Mais elle avait juré qu'elle resterait fille
Et refusa, donnant son frère pour raison :
« Quand il sera curé, je tiendrai sa maison »,
Disait-elle; et, tenant la parole donnée.
Elle a toujours vécu pour lui, la sœur aînée.
On n'avait jamais vu deux êtres s'aimer tant...
Et dire qu'il est mort, qu'ils l'ont tué, pourtant,
Que c'est vrai ! Quelle horreur, cette guerre civile !
Moi, quand ils l'ont nommé vicaire à Belleville,
Dans cet affreux faubourg de va-nu-pieds, vraiment,
J'ai murmuré, j'avais comme un pressentiment.
Mais la maîtresse alors m'a dit, presque sévère :
« Tant mieux. Mon frère aura beaucoup de bien à faire. »
Elle s'est rappelé ce mot, la pauvre sœur!
Elle éclate en sanglots.
Ah! Jésus-Maria! Quel malheur! quel malheur!
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LA VOISINE
Oui! pour sur, qu'on n'a vu jamais chose pareille.
LA VOIX ni: MADKiMOISELLE ROSE, dans sa chambre, à gauche.
Zélie!
LA VOISINE
Entendez-vous?
Voisine, elle s'éveille.
Excusez-moi, mais il vaut mieux vous en aller. Car elle se mettrait encore à vous parler, A gémir... Et vraiment, là, je crains la folie.
LA VOISINE
Bien, bien, je reviendrai. Bonsoir, mère Zélie.
La Voisine sort.