SCÈNE IV. Ul
MADEMOISELLE ROSE
Le ciel ! Ah! j'attendais la banale réponse,
Le mot creux que toujours Tégoïsme prononce!
Ah ! mon frère est au ciel ! Soit ! mais il est aussi
Rue Haxo, dans l'affreux charnier, tout près d'ici,
Sanglant, défiguré, percé de vingt blessures.
Ces atrocités-là, ce sont des choses sûres.
Je ne puis distinguer de mon regard humain
Mon pauvre Jean là-haut, une palme à la main.
Mais son cadavre est vrai, mais sa mort n'est pas fausse.
Ça, c'est certain, et ceux qui l'ont mis dans la fosse.
En jetant sur son corps la glaise et les cailloux.
Enterraient ma croyance au ciel, comprenez-vous?
Le ciel ! toujours le ciel ! Mais quand ces cannibales
Ont pris mon pauvre Jean et l'ont criblé de balles.
Il brillait, votre ciel, il était calme et bleu.
Il ne se trouble plus maintenant pour si peu.
Et c'était bon du temps de Gomorrhe et Sodome.
Le ciel ? Mais voyez donc comme il est pur, brave homme !
Et Paris brûle, et l'on s'égorge, et les pavés
De pétrole et de sang sont partout abreuvés.
Gela mériterait qu'il s'en mêlât, peut-être.
Votre ciel ! Eh bien, moi, je le hais, sœur de prêtre !
Je le hais et je brave en face son courroux!...
J'ai dit. xVlaudissez-moi !
118 LE PATEK.
LE CURÉ
Non! je pleure avec vous.
Vos blasphèmes n'ont rien qui m*indigne ou m'étonne, Je ne les entends pas, et Dieu vous les pardonne. Mais dans la sainteté qu'il vient de revêtir, Dans sa gloire, parmi les anges, le martyr Seul a le cœur navré par sa sœur douloureuse.
MADEMOISELLE ROSE, éclatant en sanglots.
Ah! monsieur le curé, je suis si malheureuse!
Pardon... Je ne sais plus vraiment ce que je dis.
Oui, vous avez raison, il est en paradis;
Mais, moi, voyons! comment voulez-vous que je vive /
Oui! j'ai tort de toucher ma plaie, et la ravive.
C'est ainsi, je sais bien, j'ai tort, je me soumets;
Mais on ne peut comprendre à quel point je raimai> '
J'étais plus qu'une sœur pour mon malheureux frère.
Quand il était petit, je lui tins lieu de mère,
Et plus tard, prêtre grave et plein de piété.
Il me faisait l'effet d'un père respecté.
Le pur et grand chrétien à la foi bienfaisante.
J'aimais h le servir en fille obéissante.
Et cet homme naïf, distrait, toujours rêvant.
Je le soignais encor comme un petit enfant;