SCENE V
MADEMOISELLE ROSE, seule.
Ma prière, je l'ai bien des fois commencée, Cette nuit, et n'ai pu la finir... Ma pensée Était pleine de haine et de rébellion... Prier! Le puis-je? Encore une fois, essayons!
Elle prend son chapelet et commence à réciter le Paler Noster.
« Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre... »
Ces mots m'ont déjà mis au cœur une tempête. Puis-je dire : 0 mon Dieu, ta volonté soit faite?...
« Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien ; pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux... »
Pardonner ? A qui donc ? A tous ces assassins !
J'en prends à témoins Dieu, la Vierge et tous les saints !
Je n'ai pas dit cela, je n'étais pas sincère.
Non! je mentais, par tous les grains de ce rosaire!
158 LE PATER
Il me brûle les mains, ce chapelet damné!
Elle le jette sur la table, puis, après un silence.
Et le curé disait : mon frère eût pardonné... Mais moi, je ne peux pas... Oh! la douleur me tue! La prière? Encore une espérance perdue î Je ne sais plus prier, moi, si pieuse hier, Et je ne pourrai plus achever mon Pater.
En ce moment, un homme nu-tête, en désordre, portant une veste de fédéré à quatre galons d'argenl, entre vivement au fond, par la porte du jardin, puis, après avoir regardé dans la rue, à droite et à gauche, comme pour s'assHrer qu'on ne l'a pas vu entrer là, il traverse rapidement le petit jardin et s'arrête sur le seuil de la chambre.