‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 3)Chapitre 95 sur 191 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Et le jour du massacre ils étaient là peut-être... Ah! vous osez blâmer ma fureur?... Assez, prêtre! De votre douce voix quand vous me promettiez Que l'âme de mon frère était là, vous mentiez, Vous berciez ma douleur avec cette musique. Mais me voici rendue à mon instinct physique Par les coups de fusil qu'on tire sur ces gueux. Ils ont tué mon frère! On me venge. Tant mieux !

LE CURÉ

Je devrais, par respect pour l'habit que je porte. Franchir, et pour toujours, le seuil de cette porte Et ne me laisser pas davantage outrager. Mais à celle qui parle ainsi de se venger. Mon devoir est de dire un dernier mot sévère. Le Dieu qui pour le monde est mort sur le Calvaire, Le Dieu dont votre frère, humble, devant l'autel, Célébrait chaque jour l'holocauste immortel, Et qu'insulte à présent votre lâche démence, Est un Dieu de bonté, de pardon, de clémence. Votre frère, au moment de mourir, — je le crois, J'en suis sûr, — ne pensait qu'à Jésus sur la croix. Ce n'est pas près du port qu'un tel chrétien échoue ; Et, puisant dans sa foi, sous les fusils en joue,

156 LE l' AIE II.

La douceur des martyrs, la force des héros,

Il a levé la main pour bénir ses bourreaux.

Le cœur empoisonné d'une rancune amère,

Vous pouvez applaudir la justice sommaire...

Haïssez, vengez-vous ! Soit! mais, sachez-le bien,

Si l'abbé Jean Morel, si ce parfait chrétien,

Si votre noble frère, ô malheureuse fille,

fêtait juge aujourd'hui de ces gens qu'on fusille,

Et si c'était de lui que dépendît l'arrêt.

Il aurait pitié d'eux et leur pardonnerait.

Adieu !

MADEMOISELLE ROSE

Quel trouble affreux vous jetez en mon Ame! Mon frère était un saint, je ne suis qu'une femme. . . C'est vrai pourtant qu'il a béni ses meurtriers. Hélas î que devenir et que faire?

LE CURÉ, sur le seuil de la porte.

Priez !

Il sort.

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