LE RÊVE
d'après le tableau de JULES LEFEBVRE
Légère et d'or pâle coiffée, Dans un nuage, sur les eaux.
C'est bien la transparente fée Des nénuphars et des roseaux.
Demi voilé pour le profane, Il semble craindre le regard.
Ce corps exquis et diaphane Qui se roule dans le brouillard.
Vers quel mystérieux voyage Va le blond fantôme flottant ?
Est-ce une femme, est-ce un nuage, Qui glisse et vole sur l'étang?
Mais déjà tout s'emplit d'aurore, Et, dans le ciel rose et vermeil, L'apparition s'évapore, Au premier rayon du soleil.
Et ne laisse pas plus de trace Que le rapide éclair d'azur De ce martin-pêcheur qui passe N'en a laissé sur le flot pur.
L'ÉDUCATION MATERiNELLE
D APRES LE GROUPE EN MARBRE D EUGENE DELAPL A.Ni.H t
Debout, près de sa mère assise Qui lui présente l'A B C, La petite reste indécise, Bouche ouverte et regard baissé.
Adorable sans être belle,
La fillette aux mignons pieds nus,
Avec attention épelle
Les caractères mal connus.
iU , POÉSIES DIVERSES.
La mère, dont le geste auguste Enseigne et protège à la fois, Enveloppe d'un bras robuste L'enfant qui lit à demi-voix.
Et, montrant d'un bout de baguette Le livre encor bien mal appris, Sur le naïf visage guette L'éclair qui suit un mot compris.
Sculpteur, ton œuvre est bonne ! En elle, Tu sus fixer l'instant soudain De cette attente maternelle Et de cet effort enfantin.
A la Vierge près de Sainte Anne J'avais d'abord rêvé, devant Cette humble et douce paysanne Qui montre à lire à son enfant ;
Puis j'ai mieux vu ton espérance, Et j'ai compris que tu courbais Le peuple à venir de la France Sur les lumineux alphabets.