‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 4)Chapitre 52 sur 89 · AL JARDIN \)V LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

AL JARDIN \)V LUXEMBOURG

Qui ne supportent pas la routine ordinaire

Et font sécher des fleurs dans leur dictionnaire;

Et, poète futur, quand les rayons derniers

Du soleil s'éteignaient sous les noirs marronniers

Et que je m'attardais, rêveur, au pied d'un arbre,

Il me semblait parfois que les dames de marbre,

Clotilde aux longs cheveux, Jeanne écoutant ses voix,

Et la fière Stuart et la fine Valois,

Me jetaient des regards et me faisaient des signes.

Parfois encore, auprès de la maison des cygnes.

Quand les bateaux d'enfants, inclinant leurs agrès,

Fuyaient sur le bassin ridé par un vent frais.

Pour moi ces bricks mignons 'et ces frégates naines

Évoquaient l'Océan et les courses lointaines.

Ah ! depuis ce temps-là, j'ai revu bien souvent

L'escadre en miniature enfuie au gré du vent,

Et bien souvent revu les belles dames blanches.

Dressant leurs sveltes corps sous l'épaisseur des branches;

Mais je sais maintenant combien il est amer

De chérir une femme et de tenter la mer.

Et songe que c'était un grand enfantillage

De désirer ainsi l'amour et le voyage !

L'amour! ce fut aussi sous tes rameaux flottants,

Jardin chéri, que j'ai tant souflert à vingt ans.

T'en souviens-tu, vieux banc sur qui j'allais l'attendre,

La petite blondine au regard fin et tendre Par qui mon cœur naïf voulait se croire aimé ? Quand je passe par là, dans certains jours de mai Où l'haleine des fleurs semble plus odorante, Je revis les bons jours de notre idylle errante. J'habitais en famille, elle avait un jaloux, Et souvent pour abris, vieux parc, ces rendez-vous, Où l'amour me brûlait de ses ardeurs premières, N'eurent que tes lilas et tes roses trémières. Je n'obtenais, toujours au moindre bruit craintif. Qu'une rapide étreinte et qu'un baiser furtif. Pour effleurer son front de ma bouche affolée, Il fallait proflter du tournant d'une allée Et reprendre aussitôt l'air distrait et flâneur Devant le vieux gardien avec sa croix d'honneur. Mais nous avions vingt ans et c'était une fête ! Et cette éternité d'amour que le Prophète Promet aux vrais croyants au sein du paradis, Oui ! je la donnerais toute, je vous le dis. Pour le moment si court, où, dans la Pépinière, Avec sa caressante et mignonne manière, Se serrant sur mon cœur, elle me demanda Ce long baiser que seul a vu la Velléda.

0 parc royal, tu vis finir sa fantaisie.

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