L'AMIRAL COURBET
Et nos chers vieux drapeaux, si criblés par les balles, Que, lorsque les gonflait le vent par intervalles. On voyait l'azur au travers.
Et nous disions : « Drapeaux d'hier, drapeaux sans joie! Qu'il vienne donc enfin, le Chef qui vous déploie
En plein soleil, sous le ciel bleu; Et, commandant d*escadre ou général d'armée. Qu'il vous donne, parmi la poudre et la fumée,
Le noble baptême du feu I »
Il vint. Après quinze ans de deuil et de nuit noire. Il nous fit tressaillir, encore, au mot : « Victoire ! »
Courbet, grand et vénéré nom !
Il vint. Il apparut et disparut trop vite ; Et sa gloire brilla pour s'éteindre, subite.
Ainsi que l'éclair d'un canon.
Ce qu'il fut ? Un marin ; — un marin, c'est-à-dire L'homme qui n'est heureux qu'en mer, sur le navire
Qui peut devenir son tombeau ; L'homme qui, pour servir son pays, sacrifie Et risque, chaque jour, à chaque instant, sa vie...
Un marin ! — Et rien n'est plus beau !
Il eut ces deux amours : la patrie et l'espace. Certe ! il est grand. Partout où son escadre passe,
C'est pour l'honneur du pavillon ; Partout où l'ont porté la voile et la machine, Il laisse, le marin fameux des mers de Chine,
De la gloire dans son sillon.
Mais il meurt... Tu n'es pas heureuse, ô pauvre France! Après Chanzy, Courbet ! Deux fois, ton espérance
Se perd dans un lugubre deuil.
Tu suis des yeux, là-bas, ton héros qui navigue... Il est mort au devoir, il est mort de fatigue;
Le Bayard rapporte un cercueil !
Battez aux champs pour lui, tambours couverts de voiles Car, quand il conduisait, la nuit, sous les étoiles.
Ses cuirassés de premier rang.
Son rêve, j'en suis sur, était bien autre chose Que couler une jonque ou que bloquer Formose ;
Son espoir était bien plus grand.
0 Courbet ! âme pure et de vertus nourrie, .Français qui sur les mers fis flotter ta patrie. Gardien du drapeau relevé,
L'AMIRAL COURBET. ^i^
N'est-ce pas, Amiral vainqueur, grand chef austère. Que tu te préparais pour la meilleure guerre Et pour le bon combat rêvé?
Nous le comprenons bien en te rendant hommage ! Nous faisons parmi nous triompher ton image
Dans l'indestructible métal ; Nous te plaçons parmi les hommes les plus rares... Pourquoi n'avoir, hélas î que quelques noms barbares
A graver sur ton piédestal?
Ah ! quand se dressera ta figure guerrière. Telle qu'on la voyait sur le gaillard d'arrière.
Debout dans le grand vent amer.
Sans rhétorique creuse et longtemps débattue, Écrivons simplement ces mots sous ta statue :
a II aima la France et la mer. »
Avril 1886.