L'ÉTOILE DES BERGERS
Quand, dans la froide nuit, au ciel, Dont les champs infinis s'azurent, Passa l'étoile de Noël, De "pauvres bergers l'aperçurent.
Laissant là chèvres et moutons, Prenant crosses et sacs de toile, Ils dirent aussitôt: « Partons! » Et suivirent l'errante étoile.
I/ETOILE IIES BERGEHS.
Les autres, amis du repos, Les prudents et les économes, Rirent, en gardant leurs troupeaux, De la démence de ces hommes.
Quand ils revinrent, étonnés, Contant comme un fait véritable Que l'astre les avait menés Voir un enfant dans une étable.
Des voleurs avaient, à ces fous, Pendant leur absence funeste, Pris bien des brebis, et les loups Dévoraient déjà tout le reste ;
Et l'on se moqua beaucoup d'eux.
Garder son bien, voilà l'utile.
Pourquoi donc courir, hasardeux.
Après une étoile qui file ?
Mais souffrir et n'avoir plus rien Contentait ces humbles apôtres :
Le peu qui leur resta de bien.
Ce fut pour le donner aux autres.
POÉSIE. — ni.
^m POÉSIES DIVERSES.
Fidèles 'au divin signal Qu'ils avaient suivi sans rien dire, Ils rendaient le bien pour le mal Et pour une insulte, un sourire.
La nuit, près du fleuve, en secret, Ils chantaient en chœur sous les saules, Et quand un agneau s'égarait, Le rapportaient sur leurs épaules.
Bons, ils pardonnaient au méchant, Et, par un merveilleux mystère.
Régénéraient, en la touchant, La courtisane ou l'adultère.
Et les autres bergers, pleins d'or.
Dont l'avarice méprisable Creusait, pour y mettre un trésor.
Des trous dans la chaleur du sable.
Avaient des haines d'envieux Pour ces pauvres de haute mine.
Qui gardaient au fond de leurs yeux Un peu de l'étoile divine.