‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 5)Chapitre 30 sur 115 · DU CHATEAU DE R · texte numérisé non relu

DU CHATEAU DE R

Devant le pur, devant le vaste ciel du soir, Où scintillaient déjà quelques étoiles pales. Sur la terrasse, avec des fichus et des châles. Toute la compagnie avait voulu s'asseoir.

Devant nous l'étendue immense, froide et grise D'une plaine, la nuit, à la fin de l'été. Puis un silence, un calme, une sérénité! Pas un chant de grillon, pas un souffle de brise.

Nos cigares étaient les seuls points lumineux; Les femmes avaient froid sous leurs manteaux de laine ; Tous se taisaient, sentant que la parole humaine Romprait le charme pur qui pénétrait en eux.

Près de moi, s'éloignant du groupe noir des femmes,

La jeune fille était assise de profil

Et, brillant du regret des anges en exil,

Son regard se levait vers le pays des âmes.

Ses mains blanches,. ses mains d'enfant sur ses genoux Se joignaient faiblement, presque avec lassitude, Et ses yeux exprimaient, comme son attitude. Tout ce que la souffrance a de cher et de doux.

Elle semblait frileuse en son lourd plaid d'Ecosse Et pourtant souriait, heureuse vaguement. Mais ce sourire était si faible en ce moment Qu'il avait plutôt l'air d'une ride précoce.

Pourquoi donc ai-je alors rêvé de la saison Qui dépouille les bois sous la bise plus aigre. Et pourquoi ce sillon dans la joue un peu maigre M'a-t-il inquiété bien plus que de raison?

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