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CHAPITRE VI

INTERPRÉTATION NOUVELLE DES LOIS DES BARBARES. — A QUELLE SOURCE ONT ÉTÉ TREMPÉES LES AMES DANS L'ANTIQUITÉ.

J'eusse certainement mieux aimé être le vassal du sage Hermès ou de la sublime Pallas que de l'être d'un homme qui se disait mon seigneur, parce qu'il était le domestique d'un Franc ou d'un Vandale.

Si la haine du genre humain a poursuivi d'âge en âge le pouvoir féodal, c'est qu'il n'a su se donner d'autre origine que la force. Le droit qu'on laissait subsister était purement apparent; voilà pourquoi, malgré tant de règlements, il ne resta bientôt plus en chaque lieu qu'un seigneur et des serfs.

Nous avons appris comment il est facile d'écrire une chose dans une loi et de faire le contraire dans la pratique. Si cela est aisé et habituel parmi nous, qu'était-ce donc sous les barbares? Il ne faudrait pas prendre trop au sérieux leurs règlements toutes les lois que ceux-ci ne s'accordent

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pas avec leur intérêt. Ce devrait être là une des premières règles dans l'interprétation nouvelle des lois des Barbares.

Dans la féodalité antique, chaque propriétaire tient son domaine du dieu national. Tous sont propriétaires au même titre, ils sont égaux.

Dans la féodalité du moyen âge, il n'y a à l'origine d'autre droit que la force et une force inégale ; chacun se livre à un plus fort. Règne de l'inégalité par excellence.

Je vois dans l'antiquité les hommes libres sortir égaux de la constitution première de la propriété.

Chez les modernes, j'en vois sortir, en chaque lieu, le pouvoir absolu. Quand le vasselage disparaît de la législation, il persiste au fond des âmes.

De nos jours même, la fureur de se donner des titres, de prendre un faux nom est-elle la dernière forme du servage ? Décidez-en vous-mêmes.

Au moyen âge, chez les Anglais, l'équité découlait de la conscience du roi.

Au contraire, les anciens avaient fini par identifier la conscience de l'homme juste avec la conscience divine, immortelle, éternelle. Celte manière de sentir des stoïciens entra sous le nom d'équité ou de droit naturel dans le droit romain ; c'est aussi ce qui lui donne son grand caractère. Le genre humain sembla y puiser comme à la sDurce olympienne de la justice civile.

Ne dites donc plus que le régime féodal appartient à la nature humaine. Il est résulté des conditions particulières des invasions germaniques. Rien de semblable chez les anciens ; il n'est pas un moment de leur histoire où Ton ne trouve qu'un seigneur et des serfs.

Le manque absolu de droit à l'origine fut la cause des immenses donations que les rois et les seigneurs firent au clergé. Ils voulurent racheter l'usurpation flagrante, le défaut de titres, par la complaisance des évêques. C'est dans ce vide qu'allèrent s'abîmer plusieurs fois tous les biens du royaume. On pillait et on se baptisait; puis on se couvrait de l'autorité des évèques qu'on achetait en leur donnant une portion du butin. Voilà en quel sens il est vrai de dire que les évèques ont fait la France,

Ce qu'on appelle révolution des lois féodales n'est souvent que le jeu de la force et du caprice. On donne, on reprend ce qui a été donné. Cela est écrit sur la poussière, le moindre vent qui passe efface tout. Montesquieu lui-même se consume à chercher les assises fondamentales de ces sables mouvants.

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