‹ Œuvres complètesChapitre 105 sur 204 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

sont morts, ne les crucifie ^pas de nouveau. Ne les punis pas de n'avoirpas eu, il y a dix-neuf siècles, le bon esprit, la saine politique des capitulations de Sedan ou de Metz.

Tel autre s'en prend à Démosthènes ; pour celuilà, il le foudroie. Quoi ! résister à Philippe ! N'avoir pas compris que l'esclavage d'Athènes était une de ses missions historiques? Résister au roi de Macédoine! N'avais-je pas averti cent fois que le roi de Macédoine serait le plus fort; qu'ainsi il fallait au contraire se range? de son côté, dès l'occupation de la Phocide ; après cela lui faciliter la prise de l'Eubée, lui abandonner les îles, lui ouvrir les Thermopyles, lui livrer Érctrie et Orée et Byzance et tout ce qu'il pouvait souhaiter? Voilà la politique sage, qui ne hasarde rien et que j'avais toujours soutenue. Les hommes de désordre l'ont repoussée; je reste seul avec ce livre que je dédie au temps, comme Eschyle, pour l'instruction des peuples à venir.

Tel autre ne voit dans le monde grec, depuis la première Olympiade, qu'une seule chose, le parti des enrichis. C'est sur eux que tout s'ordonne. Malheur à qui n'a pas de mines d'argent en Thrace, ou ailleurs !

Vous pensiez que la liberté d'esprit, l'imagination créatrice avait été pour quelque chose dans la civilisation hellénique. Sachez que toute l'his-

toire grecque est renfermée dans la rue de Poitiers d'Athènes. Hors de là, rien n'existe. Combien tout est simplifié! Pour tenir dans vos mains l'âme d'Athènes et de Sparte, nul besoin de savoir la langue, d'étudierles monuments. Solon, Léonidas, Socrate, Thucydide étaient-ils du parti des riches? S'ils en étaient, admirez-les, sinon n'en parlons plus. Sachez cela et vous savez tout. L'admirable méthode pour abréger le travail des historiens ! Il n'est plus question ni de philologie, ni de critique. Nombre de gens s'en réjouissent.

Jusqu'ici, la Grèce antique était une lumière, une force morale accumulée qui soutenait l'âme humaine dans ses mauvais jours. L'homme le plus abattu y puisait un espoir immortel ; arme divine forgée pour tous les siècles. Avouez que ce serait un coup de partie de faire de cette jeunesse de l'humanité un écho des passions vieillottes, stérilisantes de nos jours. Mettre nos esprits décrépits, nos petites factions pétrifiées, nos complots contre la vie et la lumière sous l'égide étincelante de Pallas-Athéné ; éteindre le grand soleil d'Athènes, au souffle empesté de notre marais; changer l'Agora en marécage, quelle admirable victoire pour l'esprit de réaction ! On serait enfin débarrassé du souvenir incommode de l'antiquité grecque qui empêche le monde de se pétrifier pour toujours.

La victoire de l'esprit de mort serait assurée, si

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