‹ Œuvres complètesChapitre 118 sur 204 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

RÈGLE NOUVELLE A INTRODUIRE DANS L'HISTOIRE DE FRANCE ET D'EUROPE EN GÉNÉRAL.

Une règle nouvelle de l'histoire de France et d'Europe se déduit du peu de durée et de fixité des familles historiques. J'ai dit plus haut que leur existence est limitée à peu de siècles. Ce n'est pas le même sang qui circule dans les classes dirigeantes au temps des Mérovingiens, des Carlovingiens et des Capétiens. Avec chacune de ces races, la constitution physiologique a changé. Il n'y a que le peuple qui dure; c'est de lui que se recrutent perpétuellement les hautes classes.

Examinez les choses de près; vous verrez que chacune des grandes révolutions de notre histoire n'est rien que l'avènement d'une population nouvelle au point de vue du mélange des races. Autant de changements sociaux, autant de révolutions physiologiques.

Les Italiens, au moyen âge, avaient l'instinct

de cette loi de l'histoire, quand, pour marquer leurs

révolutions, ils disaient : A ce moment un peuple l'esprit nouveau 14

210 l'esprit nouveau

nouveau succéda au vieux peuple. L'historien futur ne pourra négliger ce point de vue, qui est celui de la nature même. La noblesse des Francs n'est point celle des croisés, ni celle des croisés n'est celle des Bourbons.

La circulation de la vie dans un peuple n'est pas un fleuve qui porte à son embouchure le flot qu'il a reçu à sa source. Dans ce trajet, les flots se mêlent. On a beau les appeler du même nom, ils reçoivent des affluents divers qui les brisent. Ce qui était à la surface disparaît dans les profondeurs ; toute écume brille un moment et se dissipe. Il n'y a que la masse qui subsiste et alimente l'incessante génération des flots.

Page 1