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CHAPITRE V

APOCALYPSE DU NON-ÊTRE. — LE BONHEUR DANS l'àNKANTISSEMENT DE L'INDIVIDU ET DU MONDE.

— Après le désespoir que vous avez amoncelé dans mon esprit, je ne demande pas mieux que de cesser de sentir, de respirer, de vouloir, de penser. Mais mon faible concours suffira-t-il pour éteindre la vie animale et végétale, arrêter de mon doigt la mécanique céleste et étouffer l'univers? Je n'ose m'en flatter.

— Tu es trop modeste. Pour t'encourager, il me reste à te dire le dernier fond de la philosophie pratique à laquelle nous sommes arrivés. C'est ici qu'il faut ramasser le peu d'attention dont tu es capable. Hegel croyait que le but de l'univers est de donner à l'esprit conscience de lui-même ; il croyait que l'esprit, comme le beau Narcisse, se plaît à se mirer éternellement dans la nature et dans l'humanité. Hegel se trompait. Le but du monde est de manifester la supériorité éclatante du non-être sur l'être, si bien que le monde entier aspire à l'anéantissement et que le

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