LIVRE PREMIER
armes pour combattre, leurs instruments de musique vocale et instrumentale pour décider le choix en leur faveur, leur plumage nuptial pour la saison des noces.
C'est seulement de nos jours que les naturalistes ont fait entrer la nécessité de plaire, la préoccupation du beau, et une sorte d'esthétique inconsciente dans les unions et les préférences des animaux. Au temps de Lucrèce, et même de Buffon, on croyait que tout se décidait chez eux par la force, la fureur aveugle. Au contraire, le sentiment de la couleur, de la forme, du chant, décide le plus souvent du choix. D'où cette conclusion, en ce qui touche l'espèce humaine, que les femmes sont moins consultées clans leurs préférences que les femelles de la plupart des animaux en liberté.
Chez eux, où le convenu n'a point de part, tout se rapporte à l'individu en même temps qu'à l'espèce. Assise sur un arbuste, la cigale appelle du matin au soir, de sa voix altérée, sa femelle muette. Celle-ci choisit non pas le mâle qui est sur l'arbre le plus productif, mais celui qui réunit le mieux les principales conditions de son genre. Chez l'homme, au contraire, qui épouse une situation, la personne n'existe pas. Elle n'est pour rien dans le choix. Comment n'y aurait-il pas des familles, des classes, des peuples, des races en décadence?"
Ainsi, le sentiment du beau pénètre le règne
26 l'esprit nouveau
animal, il le conserve, il le soutient. Quand ce sentiment n'est plus pour l'homme qu'une théorie sans application, l'homme n'est plus que la moitié de lui-même.
Jugez par là de ce que peut être l'abolition du divorce dans un peuple. Deux êtres qui s'abhorrent et. que rien ne peut désunir, liés malgré eux dans un mariage odieux auquel tout leur être répugne. Quelle postérité de haine et de laideur doivent-ils laisser après eux ! Si les animaux étaient asservis à l'union indissoluble, malgré la haine et l'horreur réciproques, il y a longtemps que les races animales seraient en pleine dégénération.