THÉORIE DE L'AMOUR GOMME PRINCIPE DE VIE UNIVERSELLE
Hésiode et les anciens étaient plus près que nous de la vérité, lorsqu'ils faisaient naître les notions morales, non du calcul, mais de l'amour universel. Celui-ci, antérieur aux dieux, le plus beau des dieux immortels, était à leurs yeux le créateur de toutes choses. Par lui s'expliquait ce qu'il y a de plus mystérieux dans l'origine des elres, comme des idées.
Mêlée à chaque créature, cette force cosmogonique, âme et foyer de la vie universelle, n'est-elle pas devenue trop étrangère à nos conceptions scientifiques de la vie ? Ne remplaçons-nous pas trop souvent cette loi des lois, préhistorique, génésiaque, par des abstractions et des énigmes ? Cet amour est aujourd'hui si loin de nous et de nos systèmes que nous le regardons comme une maladie, une névrose de la mémoire et de l'imagination, quand il se montre de notre temps.
Accordez-moi au moins, je vous prie, que ce
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qui a dissipé, à l'origine, le chaos, brisé le premier œuf du monde, produit et varié les espèces, éveillé la conscience individuelle, créé l'univers animé, évoqué dans chaque être le génie intérieur, n'a pas été une maladie ou une névrose de la nature vivante.
Dans les plus mauvais jours, il y a eu des créatures humaines qui ont marché sur les nues. Elles se sont séparées des laideurs de leur époque ; elles ont adoré la beauté. Le bruit des discordes, des massacres, des chutes d'empires, ne les atteignait pas. Perdues Tune dans l'autre, elles souriaient au milieu des agonies et des pestes. Pourquoi? Elles étaient l'une à l'autre leur univers hors duquel rien n'existait pour elles.
Gomme il y a eu des fleurs splendides dans les jours les plus tristes du monde, il y a eu aussi des créatures humaines qui ont vécu de délices au milieu du deuil du genre humain. Il y en a eu sous les tyrannies de tous les temps ; il y en a de nos jours. Sous les Mérovingiens, sous Philippe II, quand l'espèce humaine tarissait, il y a eu des créatures qui, sourdes aux lamentations, aveugles aux calamités, malgré le renversement des États, se faisaient des royaumes de joie et de félicité.
Qui sont-elles ces créatures inconcevables? Celles qui ont aimé. Quelquefois leur royaume n'a duré qu'un moment ; mais il a existé un jour, et ce