LIVRE PREMIER
Dans les grands âges de créations d'art, l'homme est doué d'un amour tout-puissant pour tout ce qui renferme un germe de beauté. Les artistes de l'antiquité grecque et delà Renaissance étaient tous amoureux de ce qu'ils rencontraient de beau dans l'espèce humaine et dans les choses.
Ils éprouvaient pour les œuvres d'art le même transport que les âmes éprises sentent l'une pour l'r litre à la première rencontre.
A quoi aspiraient-ils ? A enfanter le beau, à faire du présent un Vivant Éternel ; les chefs-d'œuvre naissaient d'eux-mêmes.
En vain, ce premier transport passé, les choses restent ce qu'elles étaient ; la terre est la même, mais l'homme ne la voit plus des mêmes yeux. Chaque jour qui se lève a beau offrir la même merveille; l'homme est changé. Le grand Amour aux ailes d'or ne le possède plus. Toute création lui devient impossible. Ses efforts pour masquer son indifférence ne tromperont ni le présent ni l'avenir.
Il n'aime plus; tout est là. Impuissance, décadence, stérilité.
Les artistes orientaux n'étaient pas amoureux de leur sujet; ils n'en approchaient qu'avec la crainte de l'enfant. Comme l'amour leur manquait; ils tic pouvaient produire la vie. Froids colosses qui restent de pierre.
40 l'esprit nouveau
Celui qui a dit, dans l'antiquité, que la sculpture et la peinture sont nées le jour où un amant a gravé sur la muraille l'ombre de celle qu'il aimait, a trouvé le sens de l'art.
L'art est, en effet, une dépendance du grand domaine de l'amour, dans ce sens qu'il faut que l'artiste aime les choses qu'il représente ; sinon l'indifférence se glisse sur sa toile ou dans son marbre et l'art ne peut naître.
Gomment voulez-vous que l'artiste fasse circuler le sang dans le marbre, dans l'airain, dans le bois, sur la toile, s'il ne le sent pas circuler dans ses veines?
Vous regardez avec indifférence les forêts, les eaux, les rochers. De quel droit prétendez-vous les faire revivre sous votre pinceau? Professer l'indifférence, c'est professer la stérilité.
Dans leur première époque, les Égyptiens ont aimé les choses vivantes ; toute leur sculpure est fondée sur cette époque. L'esprit sacerdotal a glacé cette première fleur pour des milliers d'années. Il n'a pu l'anéantir.
Si ceux qui se vantent de leur sublime mépris de toutes choses et de leur froide ironie étaient sincères, ils ne pourraient rien produire. Mais, sous ce masque, il y a encore quelque reste caché d'une sympathie ou d'une haine, ou au moins, le souvenir d'un temps passé ; et c'est de là qu'ils