LIVRE DEUXIÈME
mains. Légèreté, suffisance, asservissement à Rome.
Nos races de chevaux du moyen âge, nos fleurs le coursier, ne se retrouvent plus nulle part ; bien moins encore nos races humaines féodales.
La vérité, la voici : Quand la noblesse, en 89, perdit son autorité par les lois, elle l'avait ellemême abolie, en se détruisant physiologiquement parles mariages d'argent. Ce n'est pas seulement la révolution politique qui a établi l'égalité dans la loi ; c'est avant tout l'égalité physiologique qui a produit l'égalité sociale. Voilà pourquoi rien ne peut l'anéantir. Il faudrait, pour cela, reconstruire un type physiologique qui n'existe plus.
La Piévolution de 89 a été possible parce que l'organisation physique était devenue la même pour toutes les classes. Si les classes supérieures avaient eu, commeau douzième siècle, des cerveaux plus amples que les inférieures, l'égalité devant la loi n'aurait jamais pu devenir le dogme de la société nouvelle.
La Piévolution n'a fait que constater ce qui était écrit dans la constitution physique de la nation française.
En un mot, c'est le nivellement physiologique qui a amené le nivellement politique et social.
Gomment, domandez-vous, la décadence d'une classe d'hommes peut-elle devenir irrévocable ?
86 l'esprit nouveau
Je réponds : Quand les organes mêmes de la pensée sont altérés ou diminués. Mais comment cette altération se produit-elle ? C'est ce qu'il s'agit de voir.
Une chose est certaine. Par l'exercice de la pensée, les organes de la pensée s'augmentent ; le cerveau qui se nourrit de vérités s'accroît. Au contraire, dans l'oisiveté, il s'affaisse. Supposez une classe d'hommes, que son intérêt immédiat pousse à rejeter toute vérité ; cette classe ne s'attachera qu'à des idées mortes. Elle se fera une atmosphère de sophismes qui ne fournira aucun aliment vital à son cerveau. Les têtes devenues vides, elle comblera ce vide par des déclamations auxquelles elle n'ajoutera pas foi ; elle se rendra incapable de faire autre chose que déclamer.
Mais il est périlleux de jouer ainsi avec sa raison. Combien de temps croyez-vous qu'une classe d'hommes puisse impunément violer toutes les lois de l'intelligence, sans atrophier en elle l'organe de l'intelligence? L'altération est plus rapide que vous n'imaginez.
Je rencontre des hommes qui, depuis plus d'un demi-siècle, n'ont pas acquis une idée, une notion. Gomment la faculté de comprendre ne s'oblitérerait-elle pas dans cette désuétude de la pensée? Nous accusons leurs intentions, peut-être à tort. C'est l'organe même qui chez eux s'engourdit. Il