LIVRE DEUXIÈME
y a des fossiles vivants, des pétrifications qui parlent et gesticulent. Vous demandez en quoi consiste la décadence. Je viens de le dire.
Voici quelle est la progression du mal : D'abord par la passion, on s'obstine à ne pas voir le vrai ; plus tard on devient incapable de le voir. A force de fausser dans le secret de sa conscience l'esprit intérieur, on arrive à fausser l'organe même ; et si, par les mariages entre des familles imbues de la haine de la lumière, cette prédisposition organique se transmet aux enfants, elle se fixe, elle s'invétère chez eux. La décadence d'esprit devient une décadence d'organe.
Voilà la déchéance d'une race d'hommes.
C'est ce qui est arrivé aux Byzantins. L'habitude du sophisme, transmise de père en fils, avait certainement altéré ou diminué chez eux la masse cérébrale. J'ai dit ailleurs qu'avant et après le Bas Empire la capacité crânienne n'avait pas été la même (1). L'esprit intérieur qui se construit sa demeure dans lecerveau humain la rapetisse aussi, quand il se renie. Dans ces têtes grêles, étroites des médailles byzantines, ne voyez-vous pas le travail interne et rongeur du sophisme et du faux ? Je veux bien que lamaindusculpteur ait été pour quelque chose dans ces figures diminuées, ces fronts
(1) Voy. La Création.
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comprimés. Il m'est cependant impossioie ae ne pas
y voir aussi l'effet héréditaire de l'esprit byzantin.
Au moyen âge, lorsque la capacité crânienne diminuant encore, les figures humaines des statues se trouvèrent amaigries, émaciées, il ne faut pas seulement l'expliquer par les maladresses d'un art barbare. Les crânes du douzième siècle, mesurés aujourd'hui dans les cimetières, expliquent par leur rétrécissement celui des figures des cathédrales gothiques. L'humanité, en s'interdisant de penser pendant mille ans, avait réduit pour le plus grand nombre la masse cérébrale.
Ainsi, selon les époques d'intelligence ou de sommeil d'esprit, le type physiologique s'enrichit ou s'appauvrit. L'évolution ou la dépression cérébrale correspond aux époques de grandeur ou de décadence des classes comme des empires. Avertissement aux classes supérieures de nos jours. Elles sont précisément à cette limite extrême où l'organisation physique oscille encore entre la régénération et l'irrévocable déclin.
Tous les jours, je me demande quelle peut être l'influence permanente du mensonge sur l'organisation physique. Il n'est cerveau humain qui de père en fils puisse résister à l'emploi obstiné de l'art de mentir.
Cette influence est bien pire que celle de l'alcool ou de l'opium.