‹ Œuvres complètesChapitre 6 sur 204 · PREMIÈRE EXPÉRIENCE. — GOMMENT RETROUVER LA SÉRÉNITÉ PERDUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE EXPÉRIENCE. — GOMMENT RETROUVER LA SÉRÉNITÉ PERDUE

Ce qui m'a le plus surpris clans ce siècle, je vais le dire : c'est d'avoir vu des philosophes commencer leur carrière par le plus haut spiritualisme et le renier à la première épreuve. Aucune idée n'était pour eux assez dégagée de la matière. La sensation même n'était pour eux qu'une déchéance. Que parlait-on d'organe de l'esprit? Un tel mélange de termes corporels el

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intellectuels effarouchait comme une profanation ces âmes dégagées des sens. Voilà pour la métaphysique.

Quant à la morale, il va sans dire qu'elle ne touchait pas des pieds la terre. Ce n'était qu'héroïsme, sacrifice de soi, immolation, répétition perpétuelle de la mort de Socrate. Tels furent les enseignements que je reçus, comme une confi dence, à rentrée de la vie.

J'en fus d'abord émerveillé. Bientôt une décou verte singulière me donna à réfléchir. Le jour même où le théâtre des choses humaines vint à 3hanger, où la révolution éclata, celle de 1830, où la situation extérieure fut autre, où l'ambition, le plaisir de commander trouvèrent une occasion favorable, tout changea dans les doctrines comme dans les choses. Cet austère stoïcisme disparut en un clin d'œil, ne laissant après lui que son man teau. Je restai seul, en face de ce renversement à vue, cherchant dans les actes quelques traces des pensées antérieures et n'en trouvant pas le moindre vestige.

Avais-je donc rêvé? Cet idéalisme, ces conversations dans, la nue, ces serments jurés sur l'autel de Platon, tout cela n'était-ce qu'un jeu, une décoration de théâtre, moins encore, une vapeur que le premier souffle avait dissipée?

J'aurais voulu douter de ce que je voyais, de ce

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