LIVRE TROISIÈME
l'esprit devient si étroit, qu'il est impossible d'y faire entrer une pensée nouvelle. C'est une infirmité. Pourquoi la maudire ? Maudis-tu les goitreux, les microcéphales, les monomanes, les pestiférés ?
— Je les maudirais, s'ils voulaient être mes maîtres.
— Songe que tu montres toi-même la limite de ton esprit, quand tu supposes que les autres sont faits comme toi, qu'ils doivent avoir la même soif de vérité et de justice. Tu leur offres un breuvage dont ils ne veulent pas. Ils aiment mieux ce qui te semble un poison ? Fais tomber de leurs mains la coupe, ne t'abaisse pas à les haïr.
Surtout réserve une partie de toi-même, et ne permets pas aux clameurs d'y pénétrer jamais. Quand on habite un foyer de peste, on se fait un réduit dont on défend l'approche aux fossoyeurs.
l'esprit nouveau