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LIVRE TROISIÈME

que cela clans la nation française, elle ne compterait plus au nombre des vivants.

Mais sous le détritus de cette poussière humaine, voilà tout au fond, loin de cette société morte, un peuple qui chaque jour grandit, aspire à la lumière. Je Tai vu; comment pourrais-je en douter? Il est le contraire du monde momifié qui n'a gardé que le semblant.

Ainsi, d'un côté, esprit de décadence; il conclut imperturbablement à la mort sociale. De l'autre, esprit de renaissance. Celui-ci n'a presque aucune occasion de parler. Tenu pour suspect dès qu'il se montre, sa force s'atteste, en toute chose. Tels sont les deux esprits qui luttent comme la mort et la vie clans l'organisation humaine.

Toutes les fois que la liberlé a paru en France, elle a été maudite comme une hérésie ou un crime.

Au treizième siècle, la liberté se montre avec les Albigeois. Hérésie ! Ils sont extirpés dans les supplices. Plus tard, la liberté s'est appelée Réforme. Hérésie ! Les hommes du passé l'extirpent avant la fin du dix-septième siècle. Au dixhuitième, la liberlé prend la forme de la philosophie; elle ose paraître sans déguisements, en 89, dans la politique. Hérésie ! Une réaction de quatrevingts ans l'a poursuivie et extirpée comme un. crime. De nos jours, la liberté reparaît. Les mêmes hommes du passé l'appellent radicalisme, et sous

H 6 l'esprit nouveau

ce nom de guerre conspirent à l'anéantir. Souffrirons-nous cette nouvelle extirpation de l'hérésie?

Qu'est-ce que l'esprit byzantin?

Quand un gouvernement monacal voyait au loin la lumière transfigurée du Mont-Thabor, et qu'il ne voyait pas chez lui l'État menacé au dedans et au dehors, la ville assiégée, le peuple éperdu sur les places publiques, c'était là l'esprit byzantin.

Il consiste à voir ce qui n'est pas, ce qui ne peut être et à fermer les yeux à tout ce qui est.

De nos jours, ceux qui, sous la République française, s'obstinent à en nier l'existence, pour ne voir que leur Thabor royaliste, ceux-là sont revenus à l'esprit byzantin. Ils nous parlent de la lumière subtile de monarchies fantastiques, et ils nient la réalité qui les enveloppe. Ils se font de la royauté absente une montagne miraculeuse; et la terre qu'ils habitent, ils ne la voient pas.

Aveuglément volontaire et contre-sens perpétuel, voilà donc le fond de l'esprit byzantin. Il anéantit la patrie; car comment la sentir, quand on n'habite plus qu'avec des chimères monacales ?

Toutes les ressources de l'intelligence sont employées à se donner à soi-même le change, à ne pas sentir ce que l'on sent, à ne pas entendre ce que l'on entend. Dans ce travail de mutilation que devient la France? Elle disparaît comme toute autre réalité. Pour le Byzantin français, rien

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