LIVRE TROISIÈME
n'existe que sa vision : légitimité, orléanisme, bonapartisme. Voilà, nous dit-on, le vrai. Il consiste à ne pas être. Au contraire, la République qui est, que Ton voit, que Ton touche, voilà le faux. Elle a le vice d'exister.
Quand ce mal saisit une société, elle est en grand danger; si ce mal augmentait, ce serait la mort même. Ne croire qu'à ce qui n'est pas, ne se complaire qu'aux fantômes, ne respecter que les ombres, ne nier que l'évidence, n'adorer que le faux ; comprend-on où mène une pente semblable ?
Si quelque chose m'effraie, c'est le vide d'idées qu'un pareil état d'esprit entraîne avec lui. Des orateurs connus se succèdent, ils parlent avec assurance; ils tournent sur eux-mêmes sans jamais avancer, ni rencontrer une pensée. C'est le tournoiement d'une danse de derviches qui se prolonge jusqu'à l'épuisement des forces vitales.
Pourquoi cette affreuse stérilité chez des hommes que la nature a si bien doués ? Pourquoi cette éloquence plus aride que le désert? Pourquoi tant de paroles habiles qui ne peuvent rien faire germer dans une nation? C'est que tout se passe chez ces hommes en dehors de la réalité.
On fait parler des ombres qui ont la voix exténuée des ombres ; pâles habitants des Champs Elysées, ils ont beau enfler leurs voix, il ne s'en
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échappe qu'un son grêle qui ne peut arriver jusqu'aux vivants.
Vous demandez pourquoi la langue française perd de sa popularité dans le monde ? La réponse est facile. Son, autorité diminue à mesure que s'accroissent les déclamations de la réaction française. Le vide, le creux, la fadeur jésuilique, combinés avec une rhétorique furieuse» la haine de la vérité, la peur de l'intelligence, l'horreur de la pensée, en quoi, je vous prie, cela peut-il intéresser le monde?
La réalité, la vérité sont les seuls soutiens de l'homme, les seuls aliments d'une vie nationale ; lorsque, par système, on se soustrait au réel, on tombe nécessairement dans le vide.
La gageure de nier la République qui est, peut bien se soutenir un moment, comme un amusant défi au témoignage de nos sens et à la clarté du soleil. Je consens à trouver cela plaisant pour un premier essai de rhétorique. Mais si cette gageure se prolonge, si on veut me la faire prendre au sérieux, elle s'épuise promptement. Il n'en re4o qu'unedéclamationd'école d'où nepeutmème sortir aucun effet oratoire, ni à plus forte raison aucun effet utile pour celui qui parle et pour la nation qui écoute. Tout ce que produirait la déclamation de l'absurde tournée en habitude serait d'assoupir une nation au point de l'empècherde se réveillerjamais»