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LIVRE TROISIÈME

définitive de nos provinces aux envahisseurs. Sommes-nous libérés parce que nous n'avons plus Strasbourg, Metz, l'Alsace et la Lorraine? De grâce, trouvez un autre mot qui soit un démenli moins flagrant à l'évidence. Veut-on nous ôter aussi le souvenir? Cathédrale de Strasbourg, qui perces de loin l'horizon, je te vois d'ici en écrivant ces lignes. Ce n'est pas moi qui t'oublierai jamais.

Reconnaissez à ce signe l'homme en qui s'éteint l'esprit de nationalité. Il devient sourd aux cris de détresse de sa nation. Elle a beau crier : Pitié, pitié ! il répond dans son cœur : Point de pitié ! Et il se fait une àme de pierre.'

Ses petites pensées lui cachent les pensées de l'universalité des citoyens. Il hait le peuple qui lui devient une énigme ; car est-il besoin d'un peuple, où il n'y a plus de nation? Tout ce qui est esprit public, national, lui paraît un désordre, un péril, une ligue dangereuse, un complot qu'il s'agit de déjouer sans retard.

Au lieu de la France, il dit : Ce pays-ci. A mesure qu'il s'en délache, il le gourmande, il voudrait le châtier comme s'il l'avait envahi et conquis. Ses conseils sont des ordres, et ses ordres ne sont que haine. Il parle en étranger et s'indigne de ne pas être entendu. En discourant, il frappe l'air du poing fermé, comme s'il tenait un fouet.

La frivolité et la déclamation, quand elles se

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joignent à l'esprit de routine et à des idées cadavéreuses, sont de tous les spectacles le plus repoussant. Cela ressemble trop à la Danse des morts.

Jusqu'ici j'avais refusé d'associer et de prononcer ces deux mots : Malheureuse France ! Ils m'échappent aujourd'hui, malgré moi.

Ne se retrouvera-t-il donc pas, à la fin, un homme, qui, porté au pouvoir, prenne pitié de cette infortunée nation? De son côté, tant de bonne volonté, tant de patience, tant de bonne foi ! Gela ne touchera-t-il personne ? Et, d'un autre côté, tant de dureté, tant d'aveuglement, tant de vues personnelles !

Il est certain que, depuis ses malheurs, la nation a montré les qualités d'un peuple digne d'être .libre. Que lui a-t-il manqué? Ce qui lui a manqué toujours, un gouvernement qui puisse la comprendre.

Une nationalité qui baisse, c'est un fleuve qui tarit et abandonne ses rivages. Il met à nu les caïmans qui se cachaient dans ses eaux profondes.

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