‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 204 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

que tout le monde le fait aujourd'hui, dans des circonstances un peu analogues, ayant trouvé le reniement à la fin de ce siècle, comme je l'avais trouvé à ses débuts.

J'entends dire de tous côtés : C'est le chaos. J'avoue qu'à bien des égards celui d'Hésiode était la lumière même au prix du nôtre. D'où cela vient-il ? Après le chaos de la matière, verronsnous le chaos de l'intelligence? Ténèbres sur ténèbres, répètent-ils autour de moi. Cherchons donc ici notre chemin dans cette nuit de l'esprit.

Lorsque l'esprit de l'homme touche au vertige, je veux savoir, au milieu des principales questions de notre siècle, ce que je dois en conclure, et s'il n'y a pas quelque part un point fixe où je puisse trouver un abri dans le naufrage. Dirai-je à mon tour: Vertu, vérité, tu n7es qu'un mot? Non, je ne le dirai pas. Mais j'interrogerai les sciences exactes, pour essayer si de tant de rayons rassemblés je ne tirerai pas la lumière que je cherche et le Novum Organam qui est le but de toutes nos pensées.

Quand je vois la tempête qui emporte les générations actuelles et l'espèce de délire dont toute âme est saisie, je me dis que ce n'est pas l'effet d'une trop grande ambition de désirer rendre l'équilibre à tant d'esprits déchaînés. L'époque qui contient de si grands maux, en contient cer-

6 l'esprit nouveau

tainement aussi le remède ; il existe, il est sans

doute près de nous , peut-être là , caché sous

l'herbe.

Ce serait, non pas humilité, mais paresse d'àme de ne pas le chercher. Commençons.

Vous me dites qu'il y a deux mille ans, il y eut dans le monde une époque de sérénité, que vous appelez le temps des Grecs. Sur cela, je demande pourquoi ce don de sérénité ne reparaîtrait pas sur la terre. Les Grecs, sans doute, la devaient à des dieux indulgents qu'ils avaient faits euxmêmes. Et qui vous empêche de vous en faire de semblables et de meilleurs ? Pourquoi la science, la lumière ne pourraient-elles pas ramener dans les esprits la paix que donnait la fiction? Essayezle du moins.

Les Grecs avaient-ils moins de raison que vous de se troubler jusqu'au fond de leur pensée? Les guerres, les discordes, les bouleversements, les douleurs, la mort leur ont-ils été épargnés plus qu'à vous? Tel était libre le matin, qui était esclave le soir. Pourtant, au milieu de cette instabilité de toutes choses, le fond de l'homme restait calme. Jamais l'homme ne désespéra des choses humaines. En maniant les problèmes qui nous paraissent les plus sombres, il restait en paix avec lui-même.

Pourquoi ces jours de fête de l'intelligence ne

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